Michael Jones : « J’aime la France pour sa qualité de vie »

Michael JonesFin novembre dernier, Michael Jones était en concert au Palais Nikaïa à Nice en ouverture de Status Quo, les vétérans du rock, au sein d’une tournée express de huit dates en dix jours. A trois sur scène, avec Christophe Bosch à la basse et Fred Alfonsi à la batterie, mais pas en trio cette fois. Même si Goldman, ou plutôt Jean-Jacques, comme il dit, est forcément revenu dans la conversation. Sur scène, Michael Jones a chanté trois titres en français et des titres en anglais de son nouvel album. Pour la plupart, il les a introduit par une petite explication pleine d’humour, comme cette chanson où il explique à ses enfants ados que les conneries, il les a faites avant. Et On n’a pas changé lui permet de glisser quelques mots sur les maisons de disques dépassées, sa rengaine du moment. Le son est brut, puissant et certaines mélodies ont déjà un parfum de tube. Enfin le guitariste qu’il est montre tout son talent grâce aux solos des deux derniers titres. Entretien avec Michael Jones qui nous détaille son prochain album, ses liens avec la France et revient sur son parcours, notamment avec Jean-Jacques.

Bonjour Michael Jones. Vous jouez ce soir en première partie de Status Quo. Comment est né l’idée de cette réunion ?
On est dans la même maison de disques. Au départ, on devait partir en tournée avec eux pour promouvoir mon nouvel album. Mais on a pris du retard et il sortira en février. On a donc annulé le tour support car on paye toujours pour faire une première partie : il faut payer les techniciens, le déplacement etc. Mais finalement, pour tenir notre engagement, on a décidé entre musiciens de le faire si on ne payait que le déplacement. Les producteurs ont été d’accord de prendre en charge tout le reste.

Combien serez-vous sur scène et que jouerez-vous ?
On joue en power trio. Au minimum. On est considéré, comme on dit en anglais, comme un support group donc on n’aura pas autant de puissance que Status Quo. Quant au répertoire, il y aura cinq titres du nouvel album, un titre de El Club et deux titres de Fredericks Goldman Jones. On termine en jouant la moitié du titre The Quo’s In Town Tonight pour annoncer Status Quo.

Présentez-nous le prochain album.
Il s’appelle Celtic Blues. Ce sera un album de 11 titres, entièrement en anglais mais avec des versions en français pour les singles. Et il y aura les traductions sur le site. Sur Myspace, on peut écouter des extraits de trois titres de l’album plus un bonus appelé Tout seul mais.

Le côté celtique s’entend vraiment bien dans ce titre bonus.
Il y a d’autres titres qui ont un côté celtique. Quand je dis celtique, c’est à cause du tempo et de la façon de jouer mais c’est plus proche de U2 que des Dubliners.

Avant cela, vous avez sorti deux albums en français ?
Oui. Le premier s’appelait A consommer sans modération. Il est sorti en 1997, avant la tournée En passant avec Jean-Jacques. Et le deuxième est sorti il y a quatre ans. Il s’appelait Prises et reprises. C’était un album d’originaux et d’adaptations. Par exemple, Marcher dans Memphis, c’était une chanson de Marc Cohn qui n’existait pas en français et qui a été adaptée par Francis Cabrel. P’tit Blues Peinard, c’était une chanson de Jean-Jacques qui était une face B de 45 tours. Il y avait aussi l’adaptation d’un blues pour Carole Fredericks. Sinon, tous les autres titres sont des originaux. Pour le titre de l’album, j’aimais bien le jeu de mots et j’avais une idée de pochette : une main de femme qui poussait un tissu avec des notes sous une machine à coudre, pour le « repriser ». Mais la maison de disques m’a dit qu’on ne comprenait rien. Faut pas leur demander de réfléchir des fois.

Pourquoi un album en anglais cette fois? C’est le deuxième, je crois.
Oui, en 1987, j’en avais sorti un premier album de chansons originales en anglais, mais c’est vieux. Aujourd’hui, le marché du disque s’est totalement effondré et on peut dire merci aux maisons de disques, parce que c’est de leur faute. Dans un an, 90% de la musique sera sur le Net, l’objet disque sera un souvenir que les gens achèteront dans les concerts donc autant s’attaquer au monde entier. On n’a plus besoin de contrats avec d’autres maisons de disques ailleurs, on a le Net. Du moment qu’on est sur iTunes ou n’importe quelle plateforme, c’est le monde entier qui peut acheter l’album donc autant que ce soit dans une langue qu’il comprenne. Et pour les français, je ferai des titres en français spécialement.

Cette mondialisation vous fait-elle changer votre façon de faire de la musique ?
Non, ça ne change rien parce que même pour les autres, je faisais des textes en anglais. C’est juste la façon de faire le disque qui change. On va faire un son beaucoup plus british avec un mixage plus à l’anglaise, la voix moins devant. Aujourd’hui, la musique est internationale. Quand on est allé enregistrer chez les russes avec Jean-Jacques à l’époque de Rouge, on s’est rendu compte qu’on avait un langage commun qui est la musique. Quel que soit le pays où on joue, il n’y a pas beaucoup de différence dans la musique. Et maintenant, il n’y a plus de frontières, toutes les musiques du monde sont accessibles.

De quoi parlent les chansons de ce nouvel album ?
Le premier single sera I don’t want to lose a friend. C’est une chanson sur quelqu’un qui est déprimé et la meilleure façon de lui dire de se ressaisir c’est : « j’ai pas envie de perdre un ami ». A quelqu’un qui pense que c’est la fin du monde, on peut juste lui dire : « c’est pas la fin, on est là ». Une autre chanson parle de l’exode des Irlandais après The Battle of The Boyne. Tout le monde pense que les américains sont des anglais mais en fait il y a beaucoup d’irlandais, beaucoup de gallois, beaucoup d’opprimés. Et puis une autre chanson parle du Pays de Galles et du Tournoi des 6 Nations. D’ailleurs, la sortie de l’album devrait coïncider avec le tournoi. Pour le clip, j’ai commencé à tourner des images du Pays de Galles et il me reste à tourner des images de la France. Dans la chanson, je parle d’abord du pays puis je dis : « quand l’hiver se termine, le tournoi commence, la plume du Prince de Galles près du cœur. On lève tous nos verres et on porte un toast car vaincre les anglais, c’est ce qui compte le plus ! ». Et sur le refrain : « Je n’oublierai jamais d’où je viens mais je ne regrette pas d’être là où je suis maintenant car c’est là où je me sens bien ». C’est un hommage à la fois au Pays de Galles et à la France.

Parlons de votre rapport à la France. Vous avez une mère française et vous avez commencé à faire de la musique en France. Qu’est-ce qui finalement vous a gardé ici ?
Honnêtement, la seule différence entre la France et la Grande Bretagne, c’est la qualité de vie. Mais pas la nourriture, quoi qu’on pense. Au Pays de Galles, on mange très très très bien, surtout la viande. Ce qui m’a retenu, c’est surtout le climat et la diversité. Au Pays de Galles, le paysage est assez semblable partout : c’est très vert, très montagneux avec beaucoup de bruyère. En France, on peut aller dans quatre endroits différents, on a l’impression qu’on n’est pas dans le même pays. Et c’est la même chose pour le climat. En France, la qualité de vie est l’une des meilleures en Europe sinon au monde.

Parmi vos collaborations, la plus récente est celle au sein du groupe El Club avec lequel je vous avais vu l’an dernier à Cannes. Quel souvenir en gardez-vous ?
Le problème, c’est que c’était un nouveau groupe et que personne ne savait qui c’était. Quand on communiquait uniquement sur El Club, évidemment il n’y avait pas beaucoup de monde. Au départ, j’avais trouvé un autre nom, ça devait s’appeler JABS avec nos initiales : Jones, Arzel, Benzi, Séguret. Et on pouvait mettre nos noms sur l’affiche. Mais la maison de disques n’a pas aimé, c’est encore de leur faute. Sinon, Christian Séguret est toujours avec moi sur scène mais là on ne pouvait venir qu’à trois. Il sera sur la prochaine tournée.

Votre collaboration la plus longue s’est faite avec Jean-Jacques Goldman. Pour commencer, pouvez-vous nous donner nouvelles de lui ?
Il va bien mais il n’y a rien de nouveau par rapport à l’année dernière. Pour l’instant, musicalement, il ne fait rien. Mais personnellement, je ne pense pas que ce soit fini.

Avec le recul, considérez-vous qu’il vous a ouvert des portes ou qu’il vous a laissé dans son ombre ?
Non ça n’a jamais été le cas et je pense que les portes, on les a ouvertes ensemble, chacun à sa manière. C’était souvent des découvertes que l’un apportait à l’autre. En tout cas, je ne l’ai pas suivi. Après, comme c’était de la chanson française, Jean-Jacques a gardé un peu le monopole de ce qui était écrit même si j’y ai participé sur pas mal de chansons. Mais quand on travaillait ensemble, c’était vraiment un dialogue et un travail de groupe. Pour moi, le passage à Fredericks Goldman Jones n’a rien changé, on était juste un peu plus à l’affiche. Les médias avaient eu du mal à m’accepter à l’époque de Je te donne . Ils se demandaient ce que je venais faire là. Et quand Fredericks Goldman Jones est arrivé avec un album qui a cartonné tout de suite, ils ont été obligés de reconnaître ma légitimité finalement.

Comment est née cette chanson Je te donne ?
Elle est née à l’avènement du Front National. C’était une sorte de chanson anti-raciste mais pas juste « anti ». C’est tellement facile de critiquer, de dire : « faut pas faire ça » mais qu’est-ce qu’on fait à la place ? Je vois même aujourd’hui les politiques : ils critiquent la politique des uns et des autres mais ils ne proposent rien. Notre message était que le métissage est la chose la plus belle du monde : « mélangez les cultures, apprenez à vivre les uns avec les autres et tirez des leçons de ça ».

Il y a eu aussi Né en 17 à Leidenstadt.
A partir du moment où un état a le monopole des médias, la question c’est : « comment peut-on penser autrement que comme l’état nous dit ? ». Qui pourrait être le grain de sable ? Faut avoir les connaissances pour le faire et le courage aussi. Malheureusement ces deux chansons peuvent s’appliquer aujourd’hui ou demain car c’est toujours la même chose. Il y aura toujours des racistes et toujours des bien-pensants qui n’ont pas le courage d’agir. C’est comme quand on voit quelqu’un se faire agresser : est-ce que tu vas intervenir ou non ? Je m’étais fait agresser dans le métro une fois et j’ai mis du temps à trouver la façon d’en parler. Dans mon dernier album, j’en parle dans la chanson Walk Away. Je dis en anglais : « tu ne peux pas juste tourner le dos et t’en aller». Et aussi : « C’est bizarre dans ce monde, les gens qui sont si forts en verbe sont moins forts avec leur colonne vertébrale ». C’est trop facile de parler.

Une nouvelle tournée est-elle déjà prévue à partir de février pour la sortie du nouvel album ?
Oui, l’année prochaine, on va tourner un petit peu partout en France. Les dates commencent à venir mais on ne prévoit pas une tournée. On préfère aller dans des petites salles où les gens ont envie de nous voir et on attend qu’on nous contacte. Du coup, on a déjà une date en Suisse et lendemain on est à côté de Bordeaux ! Un peu comme aujourd’hui où on est à Nice et demain à Orléans. Ca sera des salles entre 400 et 800 places. Sur cette tournée, on est dans des Zéniths mais c’est exceptionnel et je me rends compte que c’est pas pour nous, pas pour la musique qu’on fait. Si on voulait jouer avec la puissance qu’il faut, ce serait trop fort et on n’a plus envie. Et puis ça ne me gêne pas que les gens soient assis. J’ai fait plein de petits théâtres dernièrement et les gens bougent aussi bien. Le seul problème, c’est quand les places réservées à la ville restent vides. Moi, maintenant, quand je vais au concert, je m’assoie. Ca n’empêche pas de mettre l’ambiance !

Merci Michael et bon concert !

Michael Jones sur Myspace
Michael Jones on the web
Palais Nikaïa – Nice

Eric_M
Eric_M
En amateur de musique, Eric Maïolino est auteur-compositeur-interprète, joue de la guitare, pratique le théâtre et assiste à des concerts! (toutes ses chroniques ici)
http://www.ericmaiolino.com

7 thoughts on “Michael Jones : « J’aime la France pour sa qualité de vie »

  1. Très belle entrevue, merci Eric_M !!
    Du temps de Sincever, dans les années 2000/2002, je ne me souviens plus de la date précise, nous avions filmé et réalisé une entrevue avec Michael Jones. Malheureusement, mon disque de sauvegarde où se trouvait cette vidéo a lâché. Je suis vraiment déçue car j’aurais aimé la revoir et vous la présenter 🙁
    En ce qui me concerne, j’ai fui la qualité de vie en France pour celle du Québec et je ne suis vraiment pas déçue. La France a bien changé pourtant…

  2. Nous avions également filmé son concert, et je vous propose de découvrir le titre « L’Irlandaise » et « Le temps fait mentir », à voir absolument en attendant que je trouve une solution pour l’entrevue ! Vous m’en donnerez des nouvelles !

  3. Nouveau groupe, qui est beaucoup moins bien que l’année dernière avec les musiciens de Goldman, là on dirait un groupe de reprises de rock comme un orchestre d’été du sud, comme par chez nous genre varieté, on est allé au concert a Villeneuve les Maguelone, et en tout cas on est déçu, très insuffisant, on comprend rien a la voix quand il chante même en anglais, que la batterie trop fort,.

  4. c’est vrai que c’etait mieux avec les autres musiciens de goldman, la musique etait beaucuop mieux, et ils etaient sympas. la ca a tout perdu et c’est dommage car du coup il n’y a personne a ses concerts.

  5. pas d’accord, j’ai aussi deja vu le bassiste qui a un orchestre de bal, et c’est super, il font des reprises club ,il es surtout tres beau avec un style de danseur et ca vaut mieux que tout ce que vous dites, il n’y a personne aux concert de mickael jones car sa musique ne marche pas, c’est tout, il doit avoir plus de 60 ans et on s’en fout de lui, il serait temps qu’il arrete, ca fait rigoler un gars qui croit etre un rocker a cet age la

  6. oui la on l’a vu dans l’article , il critique les maison de disque mai c’est car elle veut plus de lui ! on sais pas il passe pas a la radio en tout cas sinon ca se saurai.

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