Nilda Fernandez emmène Cannes dans un grand voyage

Il y a un an, le Palais des Festivals de Cannes avait proposé à Nilda Fernandez d’être accompagné pour un soir par l’Orchestre Régional de Cannes. Ce concert a ouvert hier soir la saison du Palais et le résultat a été magique.

Tandis que l’orchestre symphonique finissait de s’accorder, il est arrivé, la chevelure ouverte à tous les vents mais en chemise blanche, cravate et veste longue. La tenant par la main, il a accompagné Nathalie Marin jusqu’à son pupitre où elle a commencé à conduire l’orchestre. Puis Nilda Fernandez s’est installé contre le piano et le voyage a commencé. C’est sa voix si caractéristique qui a ouvert la route, avec ses aigus si étonnants et sa sincérité si touchante. Dans un premier temps, il nous a permis de faire de courtes escales sur ses titres nouveaux ou anciens : plaisir de la découverte, émotion de goûter ces quelques madeleines, réminiscences d’une vingtaine d’année en arrière, comme lors de cette invitation à Venise. De port en port, de portées en portées, la langue navigue entre le français et l’espagnol tandis que l’orchestre se fait tout à tour douceur ou salsa. C’est en effet à Cuba, où il travaillait avec un cirque, que Nilda Fernandez a rencontré Nathalie Marin qui a établi avec Gilles Coquart la feuille de route des arrangements de la soirée.

Puis il était temps d’accueillir quelques passagers supplémentaires. Déjà à bord au début du spectacle, le percussionniste Marco Fadda est venu de Gênes où Nilda a enregistré son dernier album qui aborde aussi bien les Plages de l’Atlantique que les falaises de la mer Baltique. Ils sont rejoints par Serge Lopez, impeccable à la guitare flamenca, pour un retour de Nilda vers ses racines, pendant les semaines saintes en Espagne. Puis c’est au tour du grand violoniste Laurent Korcia. En soliste sur le sublime Mes yeux dans ton regard, il participe à l’un des plus beaux moments de grâce du spectacle où les modulations harmoniques de l’orchestre suffisent à donner des frissons. Et pour prolonger l’instant, il interprète ensuite superbement La méditation de Thaïs de Massenet.

Mais Nilda voyage aussi en solitaire. Expliquant, qu’il fait souvent des concerts en guitare solo, il demande la permission de jouer deux titres à la guitare électrique. Moment d’émotion immédiatement suivi par les premières notes de Madrid Madrid. La magie opère. L’arrangement est sublime : la guitare de Nilda est peu à peu rejointe par un piano discret, puis par l’accordéon du fantasque Alejandro Barcelona (qui n’est pas « rance » comme le dit la chanson). Enfin, l’orchestre entre en sourdine et, crescendo, culmine dans un final magnifique. Le temps est venu d’une dernière étape, en terre québécoise : « Innu Nimaku » disent les indiens là-bas, « Innu Nimaku » chante le public à Cannes, transporté. La soirée était déjà parfaite mais Nilda l’a voulue extraordinaire. Alors ce sera deux heures de spectacle, avec un final qui commence par ses Fiançailles où l’on se dit qu’il peut être … un aigle – la grande classe. Et qui finit, après un deuxième rappel, par un bis d’Innu Nimaku avec une salle debout et ravie. Musicalement, émotionnellement et humainement, le voyage était magnifique.

Les Concerts de Septembre continuent jusqu’à dimanche au Palais des Festivals de Cannes avec Jean-Louis Murat, Christophe, Laurent Garnier, Etienne de Crecy, Nina Hagen et les Blues Brothers
Nilda Fernandez, le site officiel
Cédric O’heix a assuré une bonne première partie : passé, paraît-il, par la case Nouvelle Star, il incarne d’une voix chaude des chansons rock au tempo lent portées par des guitares western et des cuivres latins