200 Zappa de Z à A

Zappa a traversé la musique comme un démolisseur doué pour concocter une alchimie inouïe, sans se renier ni cesser de construire un espace musical aussi flamboyant que surprenant. Plus de deux cent pages et une centaines de mini-chapitres détaillent toutes les facettes de son explosif talent. C’est sûrement léger. Mais c’est déjà pas mal.

Il y a quelque chose du sauvetage patrimonial, du retour vers le futur mirifique dans cette actuelle et compulsive convocation des années 70, c’est sûr. Une grosse histoire de pèze aussi ; un petit coup de com, je te file la larme à l’œil ; un grand coup de marketing, je t’es tourbis le larfeuille.

N’empêche. Y a quelques allumés qu’on aimerait bien ramener à notre glauque ici et maintenant ; à la rigueur des clones encore excités et pas mal révoltés. Avec du talent de préférence, quitte à inonder les télés, plutôt que le genre qui se déverse, puis se répand, puis s’efface, juste avant que nous on gerbe dans les chiottes, tellement on en a ras les mirettes et les esgourdes de voir ou d’entendre icelui.

Tout ce baratin pour vous parler d’un qui peut plus nous gonfler, et qui nous a pas beaucoup gonflé de son vivant, et même pas du tout. Il s’est barré du côté où les tartines sont éternellement beurrées à 53 balais, plus tout jeune, donc, alors qu’on le croyait toujours printanier. Mais les touche-à-tout provocs et bordéliques semblent toujours débarquer avec des tonnes de candeur et de jeunesse dans les poches. C’est peut-être ça qui donne l’envie de rester dans la fête pour l’éternité, et même plus tard que six heures du mat, non ?

Un sacré gaillard, faut dire, le Frankie. Plus de cinquante albums au compteur, un bon paquet de films et suffisamment de bouquins pour faire des envieux. A l’heure où une foultitude de petits chanteurs ignorant l’orthographe du mot talent se prennent pour la Trinité réunie, il fait quand même bon se raccrocher à quelques repères et, sans parler de génie, rappeler au moins les dons, le courage et le parcours peu commun de Zappa aux amnésiques abusés.

Dans le style du bouquin entre mes mains – combien il est bon, combien faut l’acheter, et même alpaguer le premier vendeur FNOC venu en lui gueulant, bienfort dans sa petite oreille rétractée, « Zappadisc !! », pour piller suavement les bacs offerts (mais néanmoins payants). La vérité si je mens… – dans le même style, donc, je vous distille sous forme de brèves un florilège des goûts, dégoûts, égouts, prises de tête et dégommages en tout genre du chevelu musicalumé.

Ani-maux :
Il y a quelque chose des grands caricaturistes du 19ème comme Doré ou Grandville, chez Zappa. Son bestiaire est riche : le gorille, le chameau, la fouine, le cheval, le phoque, le pigeon, le canard, le pingouin et d’autres y sont présents, sans oublier des chimères comme le loup-zombie d’Over-nite sensation. Tous, ou presque, sont prétextes à moquer les travers, voire dénoncer les tares des grandes bêtes que nous sommes, ou suggérer quelques petites fantaisies bien chaudes, juste histoire de nous obliger à camper bien raides dans nos bottes. Le gaillard n’était pas du genre à fermer sa grande gueule, et pas vraiment monacal.

Zicmu :
Délire, déconstruction et diversité. Trois mots qui peinent à borner un univers musical où jouent des coudes Muddy Waters, Edgar Varèse, Ornette Coleman, Schoenberg, Hendrix, Bill Haley, etc… Zappa tire le chapeau et quelques compos à tous, mais il va au-delà, dans le pays des collages créatifs et subversifs, déjantés et pourtant millimétrés.

Politik :
« La politique est la division « Spectacles » de l’industrie » a déclaré l’impitoyable grateux. C’est peu dire qu’il méprise les politicards, leur lâcheté et leur soumission devant les lobbies du genre télévangelistes. Citoyen, pourtant, il se veut, et prêche le vote comme l’activisme politique. Pas du genre à cracher blanc puis pêter noir, il ira jusqu’à se présenter aux présidentielles, « sans ballon, ni flonflons », et continuera à soigneusement dégommer Reagan et ses petits coquins, doués pour « l’asservissement des masses locales en vue de leur exploitation par une multinationale », jusqu’au bout.

Langue :
Connu pour détester les chansons d’amour, Zappa ne pouvait faire dans le lyrisme. Ca n’empêche pas sa langue de claquer pour élever la satyre au rang d’art, dont il reste un incomparable artificier. Rimant naturellement, il rythme ses motsà coups d’allitérations (Kiss my aura…Dora) et autres paronomases (the bigger the cushion/the better the pushin’) ses langues de feu pour qu’elle dansent et brûlent les notes qui les enveloppent. Il pousse son verbe et l’use parfois jusqu’à l’os du son, tombant ainsi dans l’onomatopée (Ah ren-nen-nen-ah-ren-nen-nen…). Le sens général se construit à partir de l’Américain moyen, sujet et victime préféré de Zappa, sujet et victime surtout de la pub, des politiques, des prêcheurs et de tout ce qui l’enserre.

Sur bien plus de deux cent pages de, à propos, sur, avec, comme, relatives à Zappa Frank, par Dominique Jeunot, président de l’association Les Fils de l’Invention, et Guy Darol qui nous a déjà balancé Frank Zappa, la parade de l’homme-wazoo, vous trouverez une centaine d’entrées contant l’artificier libertaire, ses albums, ses films, ses bouquins et même la liste de ses meilleurs concerts.

Ne pas oublier la multitude de petits crobards croustillants, bien dans le genre des Editions du Castor Astral, qui rajoutent, si besoin était, un peu de celà la sauce Za-païenne.

De quoi rester scotché, admiratif et pas mal surpris par l’acuité, l’humour, le culot et la curiosité du bonhomme. Sans parler de l’actualité de ses révoltes… On sort de Zappa de Z à A content, un peu sonné et franchement rafraîchi. Comme après un bon concert.

Cet article a été rédigé pour le site Sincever par le rédacteur Ave

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One thought on “200 Zappa de Z à A

  1. Après avoir écouté « Freak Out! » puis l’extraordinaire « Lumpy Gravy« , j’ai lu le livre de Guy Darol et Dominique Jeunot. Livre extraordinaire et redoutable. Je possède tout Zappa désormais (disponible en CD et DVD). Dernier choc, le dernier bouquin-phare de Guy Darol sur les rapports de Zappa avec la société américaine. Rapports plutôt tendus, comme on peut le lire dans « Frank Zappa ou l’Amérique en déshabillé« . Darol, il écrit vachement bien.

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