ROGER WATERS le 3 mai à Paris, on y était

ROGER WATERS le 3 mai à Paris, on y était

Pourquoi ?

Pourquoi cet article ? Après tout RW est un dinosaure et ne vaudrait-il pas mieux parler des jeunes pousses ? Des indés ? Se concentrer sur les moins médiatisées ? On n’est pas Rock & Folk après tout. Mais comme on y était… On n’a pas pu s’empêcher, parce qu’en y étant on a pris conscience de quelque chose. Ce dinosaure là a la rage, et il est connecté au présent.

Déjà dans la salle on pourrait s’attendre à une armée de cheveux gris qui sont venu écouter les vieux titres des Floyd (on le rappelle Waters était l’un des créateurs des Pink Floyd qu’il a quitté début années 80 – il est le créateur de « THE WALL », et DAVID GILMOUR est l’autre entité du Floyd à se produire aussi en concert, le troisième encore vivant étant NICK MASON le batteur qui fait aussi des tournées en reprenant de vieux titres). On ne va pas refaire l’histoire de groupe auquel appartenait cet homme, une petite recherche sur le Net vous suffit à connaître cette parfois douloureuse histoire entrée dans la légende. Non, un concert comme celui-ci s’inscrit à fond dans le présent. Bien sûr si on connait les FLOYD c’est un plus mais nous on a vu dans le public, parmi les 20.000 personnes, énormément de jeunes. Car Rogers Waters c’est avant tout un concept, ainsi qu’il est écrit sur les écrans pendant le concert : « RESIST ».  Ici on a aussi envie de parler de ce message.

Le message

Car Rogers Waters s’adresse à son public, il l’invective, il milite. C’est une personnalité qui n’a pas peur de s’exprimer politiquement et son propos est anti-guerre, antifascisme. Là-dessus, car c’est politiquement incorrect, RW se fait largement troller. Quand il dit que la guerre en Ukraine n’est pas seulement le fait de Poutine mais aussi des Occidentaux (on retrouve là le message de Dylan en ce qui concerne le commerce des armes (« Masters of War ») : économiquement toutes les guerres se justifient auprès des puissants car cela rapporte du pognon à l’industrie) – on le traite de pro-Russe. Quand il dit que les Israéliens se comportent comme des Nazis envers les Palestiniens on le taxe d’antisémite. Tant pis : c’est dit. A 79 ans, plus rien à foutre, RW dit ce qu’il a envie de dire, sur les réseaux, mais aussi en concert. Cela faisait 5 ans qu’il n’était pas venu en France (ni ailleurs d’ailleurs), le message de la précédente tournée étant principalement l’aliénation de la vie moderne (les morceaux de « Dark side of the Moon »), l’oppression, le fascisme (« The Wall »). Aujourd’hui cela n’a pas changé mais c’est encore plus virulent, et actualité oblige la part de la guerre et de la menace nucléaire est encore plus forte. Plus forte dans le choix des chansons puisées dans le catalogue des Floyd et le sien, plus forte dans les images parfois extrêmement violentes diffusées sur les gigantesques écrans en forme de croix au centre de la salle : des animés très modernes et carrément des images réelles de scènes de répression policière et de guerre (par exemple les images diffusées par Wikileaks – dans le Hall de l’Accor Arena il y a d’ailleurs un stand « libérez Julian Assange »). Des messages écrits viennent parfois expliquer les contextes relatifs aux images.

L’artiste devient de plus en plus enragé avec l’âge, surement de plus en plus désespéré par rapport au contexte actuel. Déjà anticonformiste à ses débuts, au niveau musical et scénique, RW est encore borderline presque 60 ans plus tard. Son engagement se voit sur scène : il lance ses bras dans tous les sens, il court, son visage exprime pleins d’émotions, et quand il chante on voit bien qu’il ressent ce qu’il chante, il est concerné. Et puis l’homme raconte des histoires, il prend aussi le temps de parler au public, d’expliquer ses textes, de donner des anecdotes, de s’exprimer sur ses peurs et de donner ses conseils qui se résument principalement à : « ce n’est pas un exercice ». C’est le titre de la tournée : « This is not a drill », et on comprend ce que cela veut dire. Cela raconte que la vie n’est pas un jeu, quand tu perds quelqu’un ce n’est pas un exercice, c’est pour de vrai et ça fait mal. On voit les gens se faire tuer par des régimes autoritaires (RW donne des noms, liste de Martyrs bien trop longue, dont Adama Traoré par exemple – applaudissements de la salle) : ce n’est pas virtuel et nous perdons à chaque fois un peu de notre âme d’humain. La guerre et la menace nucléaire sont à nos portes, un palier est franchi, une autre brique dans le mur, attention ce n’est pas un exercice.

Allez faire un tour au bar

Et puis il y a cette nouvelle très belle chanson, « The Bar », dont le propos est : « vous les dirigeants du monde entier, venez faire un tour au Bar, prenez une boisson et tapez la discute un moment, comme le font les gens au bar. Entre vous, en acceptant de parler avec l’étranger comme on le fait dans un bar, un peu bourré, tard dans la soirée. Et putain redescendez sur Terre, redevenez humains, rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de faire ». Bien sûr cela peut paraître simpliste, mais c’est puissant, cela nous rappelle qu’il ne faut pas perdre l’empathie. Lorsque vous regardez la télé, ressentez vous de l’empathie envers toutes ces victimes de guerres et d’injustices ? Ou bien êtes-vous habitués, devenus insensibles et « comfortably numb »… Vous êtes-vous transformés en moutons ? (« Sheeps »), anesthésiés par le fric ? (« Money »), êtes-vous corrompus par le pouvoir ? (« Pigs »). Est-ce vraiment la vie que vous voulez vivre ? (le dernier album « Is this the life you realy want ? »)

Lorsque la foule à Paris scande « Macron Démission ! » vers la fin du concert, alors que RW explique qu’on est au bord de l’apocalypse, il y a comme un décalage… Dans l’œil de l’artiste, dans son regard sur les écrans géants, on sent qu’il préfère ne pas rebondir là-dessus.   

Musique, images, ambiance

Autrement, concernant la musique et les images, c’était époustouflant. Ne vous attendez pas à planer : la plupart des réinterprétation du Floyd ou des albums solos de RW sont très Rock, presque Metal. RW assène des coups de poings sonores (il fait d’ailleurs souvent les gestes de donner des coups de poings). La musique et les images sont admirablement synchro à la microseconde prés.  Le son est vraiment très fort (trop ? Plusieurs personnes dans la fosse mais aussi au balcon ont du être exfiltrées, sûrement à cause de la résonnance des basses dans le corps humain) . Mais le son est propre, beau, pas de fréquences medium agressives tout en gardant la puissance des attaques de guitares – ça dépend aussi de la salle bien sûr mais la tonne de matériel en backstage n’y est pas pour rien. Cela démarre très punchy au second morceau du Show (le premier est pré-enregistré, c’est une nouvelle version cool de « Comfortably Numb »), après une entrée en matière intrigante. En effet, la scène est étrange, cette croix noire au milieu de la salle… beaucoup de personnes se posent la question avant que cela commence : « mais c’est quoi cette scène, les musiciens sont séparés les uns des autres ? On ne voit pas l’autre côté de la salle… ». C’était drôle, ils comprennent le pourquoi du comment après l’intro, quand l’édifice se lève majestueusement au dessus des musiciens. RW aime faire dans la démesure (déjà à l’époque du mur physique dans les concerts de « The Wall »). Et puis il y a ces annonces « le show commence dans 10mn, 5 mn… », une annonces sur l’écran indique que son concert à Frankfort n’est finalement pas interdit suite à une décision de la justice (dans notre monde WOK les allemands sont très sensibles aux pastiches du fascisme dans les morceaux de « The Wall »). Ca fait monter le suspens, c’est RW lui-même qui lit les annonces, déjà très proche de son public, très loin du monstre froid qu’on nous a décrit lors de la rupture des FLOYD début des années 80. Non, RW est chaleureux, il ressemble un peu à Richard Gere, il porte superbement ses 79 ans et est souriant, on sent une grande complicité avec ses musiciens (excellents), prenant même Jonathan Wilson dans ses bras après le solo très réussi de « Money ».

Le 25 mai prochain de nombreuses salles de cinéma diffuseront le concert de Prague en direct, on ne saurait trop vous conseiller d’y foncer si vous le pouvez, voici l’affiche :

Fredel

Auteur-compositeur de musique pathétique sous le nom de SILEREVES, auteur de livres fantastiques & SF, occasionnellement journaliste dans la presse et radio locale, FREDEL vit en Charente-Maritime prés de La Rochelle (la ville de Champlain, fondateur du Québec en 1608...).

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