Le Skeleton Band

devant_preacher_myspace.jpgLa fin d’année aura vu la sortie de l’album ‘Preacher Blues’ du groupe les Skeleton Band, un groupe montpelliérain qui mélange de nombreuses influences allant du folk, au rock en passant par le blues et le jazz. Le Skeleton Band impose ses compositions envoûtantes à des ambiances de cabaret dans des endroits sombres et crépusculaires.
Cet album restera pour moi l’un des albums les plus marquants de l’année par ce qu’il dégage, qui va au-delà de la simple création musicale.
Le groupe a en effet su créer un univers particulier, certainement grâce à l’enseignement artistique des membres du groupe, qui renforce les compositions d’un côté théâtral. Celui-ci, accompagné de mélodies séduisantes et d’une voix ténébreuse, caverneuse, ne peut qu’attirer l’oreille avec attention. Cette formation est donc une belle révélation du label Nova Express Records que je vous invite à découvrir plus amplement grâce à l’interview que m’a accordé Alex, le chanteur guitariste du prometteur Skeleton Band. 

Peux-tu avant toute chose nous présenter le groupe, ses membres, son origine et surtout l’origine de ce nom : Le Skeleton Band ? Nous nous connaissons depuis longtemps. Bruno, le bassiste, est mon frère et j’ai rencontré Clément, notre batteur, au lycée ; nous faisions chambre commune à l’internat. Nous avons monté notre premier groupe avec deux autres personnes alors que nous ne savions pas encore jouer d’un instrument. Nous avons tous appris sur le tas. Au bout de trois ans, les intérêts de chacun ont changé. On s’est retrouvé tous les trois avec l’envie d’une même musique. Quant au nom, il vient en partie d’un des premiers de Walt Disney : « The Skeleton Dance ». C’est un dessin animé à la fois Burlesque et effrayant.      

 Est-ce que dès le départ, il y a eu cette envie de créer un style particulier ?Ce n’était pas vraiment une envie de créer un style particulier ou une tentative de se démarquer. Je crois qu’on a une sorte de musique en tête, inspirée par ce qu’on a pu écouter ou voir, et qu’on essaie de lui être fidèle.  

Que faisiez-vous avant l’histoire du Skeleton Band ? Parce que ce premier album révèle déjà une belle maturité. Nous suivions des formations théâtrales ou cinématographiques, cela nous a certainement aidés à construire un univers qui fait appel à différentes sensations. Quant à la maturité, j’ignore à quel point on peut l’entendre sur ce disque. Nous avons fait beaucoup d’erreurs avec notre premier groupe, je suppose qu’on se méfie maintenant des travers dans lesquels nous sommes tombés à l’époque.   

Le groupe a été créé en 2007 et a connu rapidement une certaine réussite, avec la victoire à un tremplin en 2008 et la sortie de votre premier album sur un label. Comment expliquez-vous cette réussite ? Nous avons beaucoup travaillé sur nos chansons et sur nos prestations scéniques. Nous voulions proposer un univers à part entière, qui soit cohérent. Peut-être que cela nous a fait avancer plus vite. Nous avions aussi très envie de partir en tournée, d’user nos chansons. Nous avons fait pas mal de dates en France. On a aussi eu la chance que des musiciens s’intéressent à notre musique, en particulier Petit Vodo avec qui nous avons fait notre première démo. 

Comment avez-vous atterri chez votre label, et penses-tu que l’album aurait pu sortir en autoproduction ?  Nous sommes rentrés en contact avec le label lorsque nous cherchions à enregistrer notre album. Après l’envoie de notre démo, Lucas Trouble nous a proposé une coproduction comme il le fait couramment. Une fois l’enregistrement fait, il nous a proposé de rejoindre le label. Pour ce premier disque, cela nous aurait été difficile d’avoir les moyens nécessaires pour enregistrer l’album que nous imaginions. Mais l’autoproduction, je pense que nous y viendrons un jour ou l’autre.   

Comment composez-vous ? Et où répétez-vous ?Je compose seul la plupart des morceaux. En ce qui concerne les textes, je travaille avec Florent Barat, un ami rencontré lors de ma formation théâtrale. Ses écrits trouvent souvent un sens nouveau une fois mis en musique. Ils sont à la fois sombres et cyniques. Il me rappelle un peu l’énergie du dessin animé « The Skeleton Dance ». Une fois, la première forme de la chanson faite, je l’emmène en répétition. Là, les propositions de Bruno et Clément bousculent la chanson, lui donne parfois un sens auquel je n’avais pas pensé. Les morceaux sont de la matière qu’on malmène jusqu’à leur donner une identité propre. Nous avons d’abord répété dans un local qui s’appelle Le Subsonic, mais maintenant nous travaillons la plupart du temps dans les locaux de Victoire 2 (la SMAC de Montpellier).   

Comment s’est passé l’enregistrement de cet album ? L’enregistrement et le mixage ont été réalisés en 7 jours. Tout le travail s’est fait en analogique. C’était très intense. C’est ce que nous voulions : quelque chose de direct, à l’image de nos concerts. On voulait une musique proche de nous. Nous n’avons pas fait de compromis.    

Qu’est ce que votre label vous a apporté, et qu’est ce qu’il vous apporte ?Notre groupe est peut-être plus facilement identifié dans la scène rock. Cependant, notre musique est assez lointaine de ce que peut produire Lucas Trouble.   

On sent à l’écoute de l’album, une belle présence. Ressentez-vous le besoin de faire partie d’un groupe ? Je crois qu’on ressent le besoin de jouer tous les trois ensembles. Je ne sais pas si je serai capable de jouer avec d’autres personnes. Sur le disque, nous voulions aussi que notre travail de scène soit entendu ou du moins sentit.

 Cette voix mais d’où vient t’elle ? Est t’elle accentuée par le style du groupe ? Qu’est ce qui donne cette voix ? Ou peut être est-ce finalement un cadeau de la nature ? Merci pour le compliment. Je ne sais pas très bien comment elle m’est venue. Au fil des ans, elle gagne en basse. Je crois que notre musique m’aide à atteindre ce timbre. Même ma voix parlée a changé. J’aime pouvoir passer d’un chant caverneux à une voix plus hargneuse, tortueuse. J’essaie surtout de ne pas m’enfermer dans un type de chant. J’ai tendance à croire que chaque chanson est chantée par un personnage différent. Comme notre musique, elle est rouillée, cabossée. Elle traîne une sorte de passé. En tout cas, elle a beaucoup changée depuis que j’ai commencé à chanter et j’espère qu’elle changera encore ! 

On vous donne des appartenances à Tom Waits, Nick Cave… Le cinéma n’aurait t’il pas aussi une place importante dans vos compositions ? Si oui, quel cinéma, quels réalisateurs,…. ?Nous ne tentons pas de cacher nos influences. La musique de Tom Waits nous porte constamment. Nous aimons Jim Jarmush, avec le décalage de ses personnages vis à vis du monde dans lequel ils évoluent, ou encore Terry Gilliam ou Fritz Lang. Notre musique transmet ses images qui nous ont marquées. Il en va de même pour le théâtre. Le metteur en scène Roméo Castelucci est quelqu’un qui peut influencer nos compositions.      

Pouvez-vous citer des groupes ou artistes francophones qui vous ont marqués, influencés ? En voici quelques uns qui nous viennent en tête sur le moment : Noir Désir, Georges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel, Mano Negra, The Dead Brothers, Jack The Ripper, Serge Gainsbourg, Jacques Dutronc, Boris Vian, Fréhel, Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Arthur H…   

Votre ambition avec ‘Preaches Blues’, qu’elle est t’elle ? Cet album marque le début d’une période pour nous. Il est à la fois un aboutissement et une ouverture. Ce disque est proche de nous. C’est une manière de se présenter : Voilà qui nous sommes et à partir de quoi nous allons grandir. C’est un album sincère, qui prend des risques. Si je dois avoir une ambition, c’est que « Preacher Blues » soit un disque qui dure.  

L’actualité plutôt pas terrible du monde actuel, influence t’elle vos compositions ? Florent, qui écrit les textes, est quelqu’un qui se place en position d’observateur par rapport au monde. Cela transparaît dans ses écrits, il y a quelque chose de rageur mais aussi de désabusé. C’est peut-être en cela que le monde actuel influence notre musique. Pour notre part, nous n’avons pas d’engagement particulier.  

L’avenir du CD, ça vous touche ? Oui, car je suis très attaché au disque. Cela me perturbe de me dire que, peut-être, un jour je ne pourrais plus aller chez un disquaire, prendre le temps de regarder la pochette, faire le geste de mettre le cd dans la chaine… Avec les Mp3, sans vouloir faire le réactionnaire, la notion de durée se perd. Je veux dire, on peut mettre tellement de musique dans l’appareil que le temps d’un disque ne compte plus. C’est peut-être un peu désuet de parler comme ça. Enfin, je ne crois pas que le cd disparaîtra totalement un jour. On verra bien. En attendant, il faut faire des concerts. La musique passait par ça avant le disque et c’est par quoi elle continuera de se transmettre.      

Des concerts sont prévus pour 2009, notamment sur Paris à l’OPA. Comment tout cela s’organise ? Nous avons déjà 12 ou 13 concerts prévus pour le début 2009. Pendant, longtemps nous avons géré ça nous mêmes. Maintenant, nous avons une manageuse qui s’affaire à nous trouver des dates plus conséquentes. Nous continuons de démarcher un peu partout en France car tourner compte beaucoup pour nous.  

Vous êtes sur Montpellier je crois. Montpellier est t’elle une ville agréable ? Et vivante en matière culturelle ? Montpellier est une ville agréable même si en ce moment, il y fait plus froid que d’habitude ! Il y a beaucoup de groupes mais aussi de nombreux lieux de concerts. Il y aussi des radios locales très actives comme Divergence Fm ou L’EKO des Garrigues. La dynamique est bonne, je crois. C’est aussi une ville vivante au niveau du théâtre et de la danse.  http://www.myspace.com/alexandtheskeletonband

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