Grand Corps Malade : « Le slam, c’est ouvert : il n’y a pas de règles »

Grand Corps MaladeLe 26 septembre dernier, le Palais des Festivals de Cannes inaugurait sa saison culturelle avec le slam musical de Grand Corps Malade.

Il est arrivé à Cannes en train il y a trois quarts d’heure. Il est entré dans un camion qui l’a amené au parking du Palais des Festivals. Pour sa première venue à Cannes, il n’en a pas vu grand-chose pour l’instant. Fabien est devenu Grand Corps Malade il y a cinq ans, en découvrant le slam qui lui a offert une nouvelle vie. Depuis la sortie de son album Midi 20 , et son succès incroyable, tout s’enchaîne. Aujourd’hui, il doit encore répondre à des interviews, faire les balances, puis monter sur scène. Après une courte première partie offerte à l’humoriste Samy, le Comte de Bouderbala, son pote de Saint-Denis, il retrouvera ses trois musiciens dont S. Petit Nico au piano, le compositeur de l’album. Le public ne décrochera pas un instant de sa performance. Après, il espère avoir le temps « d’aller sur la croisette pour boire un coup et voir l’ambiance. » On le lui souhaite.

Bonsoir Fabien. Comment a été construit le concert de ce soir  ?
On a essayé de varier les ambiances entre des passages a capella et des passages en musique, des textes sérieux, même un peu durs et des textes beaucoup plus légers voire vraiment drôles. Pour ceux qui connaissent bien l’album, il y a des inédits. C’est un voyage où on essaie d’aller voir un petit peu partout, à la fois sur la forme et sur le fond.

Quelle est la part d’improvisation sur scène ?  Est-ce que c’est très cadré ?
On croit souvent à tort que slam égale impro. C’est pas le cas du tout ou alors très rarement. Il y a quelques improvisateurs sur des petites scènes slam : on leur donne un mot et ils font un freestyle dessus. Mais pour la plupart, on aime les beaux textes, le jeu avec les mots, on a une vraie exigence. En impro, c’est plus le délire.

Comment écris-tu en général ?
La plupart du temps, j’écris chez moi mais ça peut être à une terrasse de café. J’écris toujours quand j’ai quelque chose à dire. Je ne me mets jamais devant ma feuille blanche sans savoir. C’est une idée qui mûrit et à partir du moment où j’ai l’angle d’attaque, ça peut aller assez vite, en quelques heures ou quelques jours. Je peux me passer d’écrire mais pas trop longtemps. Quand ça fait deux, trois semaines que j’ai pas écrit un texte de slam en entier, ça me manque, j’ai besoin d’un nouveau texte.

As-tu déjà écrit pour d’autres ou même pour de la chanson ?
J’ai écrit un texte pour le chanteur kabyle Idir qui s’appelle Lettre à ma fille. Il m’a proposé le thème d’un père musulman pris en porte à faux entre le poids de la tradition musulmane et l’envie que sa fille soit heureuse et épanouie. C’est un texte qu’il dit avec sa fille au piano. Ecrire pour les autres, c’est super intéressant, je sors de moi pour me mettre dans un autre personnage. Sur la forme, c’est un vrai exercice d’écrire pour de la chanson, voire sur une musique qui existe déjà. Je l’ai fait un petit peu. J’ai mon mode d’écriture, pour être dit avec ma voix et selon un certain rythme. Pour de la chanson, il faut qu’il y ait moins de mots sur chaque mesure. Le slam, ça peut être très bavard, la chanson l’est moins.

Est-ce que tes influences se situent plutôt dans la littérature ou la musique ?
J’ai jamais été un grand littéraire, au grand dam de ma mère qui est bibliothécaire. Le goût des mots m’est venu par la musique. J’ai toujours écouté des chansons à texte, j’ai baigné dans Brassens, Brel, Barbara qu’écoutaient mes parents. Après j’ai été un des plus grands fans de Renaud, aussi bien le Renaud rebelle que le Renaud romantique puis j’ai écouté beaucoup de rap français. Le dénominateur commun de tout ça, c’est les textes. Je me suis nourri de mots en français. Mais musicalement, je suis assez éclectique, j’aime aussi un peu de rock, de variété française ou de reggae.

Vocalement, quelles différences fais-tu entre le rap et le slam ?
Depuis la première fois où j’ai slamé dans un bar, j’ai essayé de faire le truc le plus spontané possible. J’ai jamais travaillé ni la voix, ni le souffle, ni la manière de poser le texte. Certains slameurs ont un débit qui se rapproche plus du rap mais la grosse différence c’est que le slam est a capella et qu’il n’y a pas de règles, aucune contrainte sur la forme. On n’est pas obligé de suivre un rythme au niveau des mesures. Moi je fais des rimes dans chacun de mes slams mais d’autres slameurs slament en prose. Le slam est plus ouvert.

Comment décrirais-tu un tournoi de slam à ceux qui, comme moi, n’y ont jamais assisté ?
C’est une compétition, très amicale et où, souvent, il n’y a rien à gagner. C’est un prétexte pour partager la scène. Parfois, un jury met des notes ou bien c’est à l’applaudimètre. J’ai participé à de gros tournois de la région parisienne appelés Bouchazoreill’. Là, il y avait de vrais capteurs dans la salle et un écran où tu voyais les décibels augmenter. Pour l’écriture, il y a souvent d’abord un thème libre puis un thème imposé pour les quatre meilleurs en demi-finale : chaque slameur a une demi-heure pour écrire un petit texte sur place. Et la finale se joue sur un autre thème imposé ou un texte libre. Les tournois sont jamais exactement organisés pareil mais au final c’est le slam ou la poésie qui a gagné parce qu’on a entendu plein de textes.

Tu organises des ateliers de slam dans les quartiers. C’est une forme d’engagement ?
Je ne me sens pas un artiste engagé en ce sens que je ne vais pas dire pour qui il faut voter. Dans les présidentielles, il y avait une espèce de concours à celui qui ramènerait le plus d’artistes dans sa liste de soutien. C’est pas forcément la place des artistes d’être sur scène auprès des politiques. Je suis pas super fan de ça. Je pense pas que c’est la meilleur manière de faire de la politique. Personnellement, je m’engage au niveau local. Je fais pas mal de choses chez moi à Saint-Denis, des ateliers d’écriture avec des jeunes, des maisons de retraite. J’essaie d’organiser des rencontres. J’ai quelques jeunes pour qui le slam est devenu une vraie drogue. Ca leur donne un élan, une passion, comme ça l’a été pour moi il y a cinq, six ans.

Espérons que ça leur réussisse autant. Merci Fabien et bon concert !

Grand Corps Malade, le site officiel
Grand Corps Malade sur Myspace

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En amateur de musique, Eric Maïolino est auteur-compositeur-interprète, joue de la guitare, pratique le théâtre et assiste à des concerts! (toutes ses chroniques ici)

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