Benjamin Popp : quoi de neuf ?

Benjamin Popp : quoi de neuf ?

C’est en 2019 que nous avions fait paraître un long article sur la carrière de Benjamin Popp. C’était un an avant la sortie de son album « Des vents contraires sous toutes les latitudes + extras », Pop élégante et versions folk. C’était aussi avant le chaloupé « Une place au soleil » aux accents reggae qui est sorti en 2022, et enfin le très beau « Y’a plus de printemps », parfois mâtiné de guitares saturées, paru en 2024. Tout ça sans compter quelques rééditions et un cadeau de Noel en 2025 avec le deux titres « Et c’est déjà Noël ». En 6 ans Benjamin Popp ne s’est jamais départi du style qu’on lui connait, des chansons bien calibrées et mélodiques qui vous restent en tête, ni de son humour tout en finesse, pour faire un tableau corrosif et introspectif de notre déliquescente société.  C’est toujours bien produit avec un son de qualité grâce à un mix intelligent, très agréable, très pro. Pendant ce temps l’industrie de la musique a pas mal évolué et nous propose à foison des chansons générées par IA avec un son approximatif (il serait d’ailleurs intéressant de connaître les pensées de Ben qui doit avoir un certain recul à ce sujet).

Benjamin a bien voulu répondre a une petite interview :

  • Depuis tes débuts comment qualifierais tu ton évolution musicale ?

– Je trace mon sillon. J’espère que je suis un moins mauvais musicien chaque jour que la veille.

  • Quels styles aimerais-tu envisager que tu n’aies pas encore exploré au sein de tes compositions ?

– Je ne dirais pas que j’explore de style. Je fais de la musique, pas une musique pré établie, pré formatée. Chaque chanson est traitée différemment, elle a sa respiration propre, j’essaie en tout cas de m’étonner, de m’émerveiller, de me dépasser.

  • Quels sont les artistes qui t’inspirent à présent ?

-Je ne vois pas. Il y a des milliers d’artistes dont j’ai à un moment ou un autre aimé la musique. Ils sont tous quelque part dans l’air, la société, dans la musique.

  • As-tu des projets de performances en live ?

– Non, j’ai raccroché. C’est trop compliqué de monter un projet live, ça demande de trouver les bonnes personnes, que ça fonctionne sur le long terme. Que peut-on leur proposer en terme de revenus et de débouchés ? Pas grand-chose.

  • Comment travailles tu : la musique en premier ou bien d’abord les mots ?

– Les deux ensemble, une mélodie est liée aux mots. Il m’arrive parfois de ne pas arriver à finir une chanson, ça ne sonne pas, ça ne tourne pas, bref, je n’y arrive pas bien que j’aime l’arrangement et l’accompagnement. Solution de secours, je change complètement le texte et ça implique de nouvelles césures, une nouvelle mélodie, un nouveau groove.

  • Tu n’as pas souvent cosigné de chansons avec d’autres artistes : as-tu envie par exemple de mettre tes mots et ta voix sur la musique d’un autre, ou bien l’inverse ?

– Non.

  • Est-ce que tu t’es déjà dit « j’arrête » ?

– Non, pas sérieusement. Pourquoi arrêter quelque chose qui me fait du bien ?

  • Quels sont tes projets ? De nouvelles compos sont en route ?

– Tout plein.

  • Entre les albums tu aimes sortir des EP, pourquoi ? Est-ce parce qu’en ce qui concerne les albums les chansons sont liées entre elles sur une même ligne de pensée ?

– Les EP, ce sont des projets qui demandent, comme dirait La Palisse, moins de temps et d’énergie. Je suis assez impatient, ça me permet de boucler un projet plus vite.

  • Penses-tu que la qualité de la production a une importance primordiale auprès du jeune public, qui rejetterait ce qui est mal auto-produit et plus ou moins low-fi ?

– Pourquoi jeune public ? Auprès du public. Qu’est-ce que le public ? Difficile question. La plupart des gens suivent la mode, ce qu’on leur dit d’écouter, les algorithmes, ils ouvrent un robinet et boivent ce qu’on leur donne. Il faut avoir la force de frappe d’une industrie pour couler dans le robinet. Il y a des mélomanes, qui choisissent ce qu’ils écoutent, retiennent les noms des artistes et aiment le beau son. C’est une minorité. Les autres ne regardent pas à écouter en streaming sur un téléphone le produit qui leur est proposé.

  • Pourquoi réédites-tu certain de tes albums ?

– Et pourquoi pas ?

  • Ou peut-on écouter tes albums ? Sur quelles plateformes ? Es-tu attaché à l’objet CD ?

– Déjà pas sur Spotify, on est fâchés. Partout ailleurs, chez band camp notamment. J’achète toujours des cd. Les artistes que j’aime ne sortent plus toujours leurs disques en cd, je le regrette. J’aime l’objet, l’avoir en mains, le  sortir parce que j’ai choisi de l’écouter.

  • Maintenant on peut tout faire : es-tu tenté d’éditer en Vinyle (ce qui induit encore un remix) ?

– Non. Tu parles de ces pressages à l’unité qu’on voit fleurir ci et là sur le net ? Je me demande quelle est leur qualité.

  • as-tu un album dans toute ta disco qui a une place particulière dans ton cœur, ou bien un qui sort du lot… si tu devais n’en retenir qu’un lequel serait-ce ?

-Mon préféré c’est toujours le nouveau sur lequel je travaille, sur lequel je mets toute mon énergie, toute ma sensibilité et qui m’habite à l’instant présent.

  • Tu es un artiste auto-produit, les nouvelles technologies d’enregistrement t’ont-elles aidé à développer ta créativité ?

– Hum, aidé à développer ma créativité, je ne pense pas. Aidé à mettre en œuvre mes chansons, certainement. J’ai commencé avec un magnétophone à bandes et un seul effet (de guitare) pour mixer cela. Le support coûtait horriblement cher. De nos jours, on a des plugins extraordinaires pour une somme raisonnable, et avec un disque dur, on peut enregistrer des centaines de chansons et on n’est plus obligé de tout réenregistrer en cas d’erreur comme avant. Tout cela facilite le travail.

  • Une petite réflexion par rapport à l’IA, Suno par exemple, et en dehors du fait que les plateformes de streaming sont malheureusement inondées de piètres musiques plus ou moins complètement générées par IA, penses tu que cela puisse tout de même être un outil d’aide acceptable à la créativité, ou bien es-tu radicalement contre toute utilisation dans ce contexte ?

 – J’en sais rien, je ne connais pas le sujet. Cependant, voir présenter Jean-Michel Blanquer comme auteur de chansons alors qu’il a utilisé un texte de Baudelaire, ou de Rimbaud, je ne  sais plus, qu’il a écrit une phrase dans cette machine et cloné sa voix parce qu’il ne savait pas chanter, ça me laisse songeur.

La dernière parution en date est la réédition de « Septembre », auparavant édité en 2006 et qu’on ne pouvait plus se procurer. Il s’agit ici, pour le 20ème anniversaire de l’album, d’un mix plus moderne entièrement retravaillé, avec voix réenregistrée, de nouvelles lignes de basse et ajouts de nouveaux instruments… c’est bien plus qu’une réédition, pour magnifier cet album déjà exceptionnel qui a une place un peu à part.

On attend impatiemment le prochain opus !

liens :

https://benpopp.bandcamp.com/album/septembre-20th-anniversary-edition

https://benpopp.com

https://www.youtube.com/user/benpopp

https://www.facebook.com/BenjaminPopp

Fredel

Auteur-compositeur de musique pathétique sous le nom de SILEREVES, auteur de livres fantastiques & SF, occasionnellement journaliste dans la presse et radio locale, FREDEL vit en Charente-Maritime prés de La Rochelle (la ville de Champlain, fondateur du Québec en 1608...).

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