BO commentée du Film FELIX ET MEIRA

Réalisateur : Maxime Giroux
Film canadien primé au Festival International du film 2014 de Toronto.
Lien pour écouter les musiques du film

Je ne ferai pas le pitch, il y a assez de sites sur Internet pour vous les fournir…
Et puis comme je suis d’un naturel feignant, ça m’arrange…

1/Entrons chez Meira…

Ce film, dont l’affiche permet de penser qu’une histoire d’amour va se tramer, fait son ouverture sonore sur un chant traditionnel juif interprété par les hommes de la tablée.
En visuel, avec ce son « on » (c’est-à-dire que le son entendu correspond à ce que vivent les personnages dans l’histoire contrairement au son « off » où le son est là pour le spectateur mais n’est pas entendu par les personnages) nous entrons progressivement dans la salle à manger.
En amorce, de dos, une femme pareille à toutes celles de la tablée – coupe au carré brune avec bandeau blanc dans la chevelure, balancements de têtes sur les voix – est amenée à nous intriguer.
L’inclinaison de la tête de cette femme qui est de dos laisse à penser qu’une certaine lassitude l’habite…
Ce chant qui s’est amplifié avec l’entrée de la caméra dans la salle à manger devient oppressant…
Les hommes sont tous vêtus de manière similaire…

On comprend, par la prise de son assourdissante, que Meira n’en peut plus de cette vie.
Son regard baissé et dubitatif l’incarne parfaitement.

2/La vraie Meira

Meira a une petite fille d’environ 9 mois avec son mari. Elle ne souhaite pas (mais elle ne le dit pas) mettre au monde une tripotée de chérubins à l’instar des femmes de la communauté juive dans laquelle elle évolue. Les autres femmes la plaignent et lui disent que ça va venir, qu’elle va en avoir un autre bientôt. Elle s’enferme régulièrement avec sa petite dans le cabinet de toilette pour ouvrir sa boîte secrète où se trouve ses comprimés contraceptifs…
Dès que son mari quitte le domicile conjugal, elle installe son enfant dans le lit du salon et sort un vinyle de dessous le canapé qu’elle place sur la platine…
La chanson est After laugther (come tears) interprétée par Wendy René , chanteuse américaine de soul dans les années 60. C’est cette chanson qui la fera connaître et qui sera redécouverte dans les années 90 et 2000. (Wendy René est morte en décembre dernier alors qu’elle aurait dû mourir en 1967 dans l’avion crashé d’Otis Redding qu’elle refusa d’accompagner pour rester auprès de sa famille…) De la bonne soul à la voix déchirée qui transpire l’âme et le besoin de crier pour sortir de soi les sentiments qui nous submergent…

Lorsque ce morceau débute, Meira peut ôter le « costume » dans lequel sa communauté l’enferme, on la voit heureuse d’écouter cette musique qui lui parle, qui lui fait du bien.

3/Evolution

Un autre morceau en son « on » est lui prisonnier du tube cathodique et c’est Rosetta Tharpe qui interprète Didn’t it rain (blues) dans un enregistrement vidéo des années 40 (aucune certitude) où elle descend sur le quai d’une gare pour jouer de sa guitare avec un sacré « chien »…Sa bonne humeur et sa détermination amènent dans le film un de ces moments que chacun a vécu devant son écran : « ok, à moi de me bouger dans ma vie ! »…

4/Vers l’acceptation

En ce qui concerne la chanson de Léonard Cohen : Famous Blue Raincoat, le montage est fait en parallèle. C’est à dire que la musique accompagne le propos visuel du film (le contraire est la musique en contrepoint qui amène une ambiance contredisant le propos visuel du film Ex : Tarantino dans Reservoir Dogs avec Stuck in the middle with you, chanson enjouée, lors d’une scène de torture). La chanson a clairement été choisie pour appuyer le propos du film au niveau des paroles. Leonard Cohen parle de sa femme qui revient avec une mèche de cheveux de son frère et à laquelle ce dernier a redonné le sourire…Cette chanson fait beaucoup penser à PARIS/TEXAS…C’est une sorte de mise en abîme et je suis en droit de me demander si ce n’est pas une référence directe au film ?…A voir avec le réalisateur…

Conclusion

Felix et Meira est un film où la BO a été soignée pour donner du sens et enrichir le propos du film…C’est ce que l’on devrait pouvoir dire de n’importe quel film, isn’t it ?
Quoi qu’il en soit je ne spoilerai pas le film, mais tout est en nuance dans le récit, à l’instar de la BO. Les changements de vie ne peuvent pas établir de « rôles » et il n’y en a pas dans ce film. L’accomplissement personnel a des voies qui demandent du courage et de la ténacité.
Que chacun soit présent à lui –même pour s’offrir un beau cadeau : vivre sa vraie vie sans l’idéaliser…

QUESTION OUVERTE AUX LECTEURS : est-ce que pour oser « éclater » sa zone de confort, il n’est pas dangereux de se reposer sur une autre personne? Les changements de vie ne doivent-ils pas être initiés et guidés que par soi?…Au risque de se reperdre à nouveau dans une vie qui n’est pas la nôtre?…A vos claviers…

Anna REUX
Anna REUX

Etudes en cinéma audio-visuel de 1997 à 2003.
Professeur des écoles depuis 2005.
Passionnée par mon métier, donc passionnée par le genre humain et sa capacité créatrice.
Passionnée d’art en général…J’aime tout sauf ce que je n’aime pas, haha!
Citation de KRISHNAMURTI :
« La plupart des enfants sont curieux de nature ; ils veulent savoir ; mais leurs questions pressantes sont étouffées par nos assertions pompeuses, notre impatiente supériorité, notre façon négligente de faire taire leur curiosité. Nous n’encourageons pas leur désir de nous interroger, souvent nous redoutons leurs questions ; nous n’alimentons pas leur inquiétude, car nous avons nous-mêmes cessé d’explorer. « 

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