Nice Jazz Festival 2009 : du blues, du blues, du blues

Hier soir, lundi 20 juillet, il y avait bien deux scènes au Nice Jazz Festival : la scène jazz de Matisse et la scène blues du Jardin qui a présenté trois talents, de la révélation Susan Tedeschi à la légende vivante B.B. King.

Madeleine PeyrouxLa première à passer à Matisse était la douce Madeleine Peyroux. Chapeau melon, pantalon et gilet noirs sur un haut rouge, grande natte ondulant le long du dos, Peyroux était épanouie. Et pourtant Madeleine semblait toujours aussi timide et fragile. Elle chante guitare acoustique en main, devant ses musiciens qui l’entourent d’un demi-cercle protecteur : batteur, bassiste guitariste électrique et piano. Dès qu’elle ne chante plus, elle se retourne vers eux comme pour se rassurer. Alors, vers le milieu du concert, ils se rapprochent tout autour d’elle pour une session acoustique dédiée aux musiciens de bar, comme ceux qui jouent à Nice : elle en connaît dit-elle. Les instruments se changent en mini-guitare, mini-piano et … boîte en carton pour la batterie. « De la nostalgie » dit Peyroux. Mais c’est toute sa musique qui semble nostalgie : le grain de sa voix évoque immanquablement celui d’un 78 tours qu’on réécoute pour le plaisir. Qu’elle reprenne en français J’ai deux amours ou La javanaise, qu’elle nous propose ses tout nouveaux titres dont certains révèlent une énergie débridée, elle garde cette grâce swing qui touche au cœur. Madeleine Peyroux à Nice : un ange passe.

Susan TedeschiLa première à passer au Jardin était Susan Tedeschi. Et c’était une vraie révélation : pas seulement parce qu’on voit peu de femmes chanteuses et guitaristes mais surtout parce qu’on en voit peu de ce tempérament, hommes compris! Accompagnée d’un orchestre de cinq musiciens dont l’excellent Ronald Holloway au saxophone, Susan fait preuve d’une énergie incroyable, notamment dans son interprétation vocale : sa voix plutôt rauque et légèrement voilée, elle la projette comme des balles en plein cœur, ouvrant son âme jusqu’à la déchirure. Et si elle sait aussi calmer le jeu pour un hommage façon Nouvelle Orléans à toutes les victimes de catastrophes naturelles, c’est au cœur du blues qu’elle revient toujours pour cogner très fort. C’est bien un ouragan qui a frappé Nice hier soir et il s’appelait Susan.

Joe BonamassaLes deux artistes qui suivaient ces jeunes femmes avaient en commun une virtuosité hors du commun. Sur la scène matisse, Christian Vander était à la batterie. Fondateur de Magma, groupe mythique pour les amateurs de musique contemporaine, il était hier en formation quatuor, le soliste étant Jean-Michel Couchet au saxophone. Bien que réalisé avec brio et conviction, leur jazz instrumental n’a malheureusement pas réussi à me toucher : peut-être trop réservé aux spécialistes. Au Jardin, Joe Bonamossa était à la guitare, accompagné de trois musiciens et de deux chanteurs (un jeune homme et une jeune fille) qui se relayaient. Stupéfiant de vélocité, il a fait la preuve de l’étendue de son talent électrique, d’un blues traditionnel comme Further up on the road jusqu’à des compositions pouvant évoquer Metallica ou Joe Satriani. Mais Susan avait laissé au jardin un petit supplément d’âme que Bonamossa n’a pas réussi à dissiper.

BB KingEnfin, celui que tout le monde attendait est arrivé. Comme la tradition l’exige, c’est d’abord son orchestre qui est venu occuper la scène pour deux jams permettant à chacun des huit musiciens de se mettre en avant. Puis le speaker a annoncé le plus grand bluesman du monde : B.B. King. Evidemment, le maître a désormais les cheveux blancs et il a passé tout le concert assis, ce qui n’a pas arrangé les difficultés de vision des spectateurs. Mais il a tout de même 83 ans! D’ailleurs, comme il l’a dit en plaisantant dès le départ, son médecin ne voulait pas qu’il continue la scène. Pourtant, la voix est toujours là et nous emporte : profonde, ample et puissante, elle est le blues incarné. La guitare, elle, est parfois moins assurée mais ses interventions sonnent comme les échos renouvelés d’une immense carrière. Mais le plus caractéristique, c’est sa malice. B.B. King sait comment parler au public et, comme Susan Tedeschi nous l’avait annoncé, il aime l’entendre, n’hésitant pas à répéter ses effets ou à interrompre une chanson si ça n’est pas le cas. Toujours à l’écoute de ses musiciens qu’il présente après chaque titre, il chante pour les amoureux (ce qu’il souligne en embrassant son micro) puis pour les femmes (« the ladies ») prétendant n’avoir jamais vu de femme laide et critiquant les rappeurs qui parlent mal des femmes. Mais pour la chanson d’après, dédiée aux hommes (« the gentlemen »), il leur conseille de soûler à leur insu les femmes qu’ils auront ramenés chez eux! La fin du concert approchant, B.B. King enchaîne les extraits de ses chansons préférées jusqu’à Oh when the saints, dédié à Louis Armstrong. Il est ravi de la façon dont le public le change. Décalé d’un quart d’heure par rapport à l’heure initiale, le King a obtenu exceptionnellement la permission de minuit et quart. Il préfère donc ne pas se fâcher avec les organisateurs et partir pour mieux revenir : peut-être l’année prochaine promet-il. Qui sait? Alors il se lève, remet son canotier, rappelle Susan sur scène pour la complimenter et salue longuement le public debout. Après son départ, certains chercheront encore ses médiators jetés dans la pelouse mais B.B. King aura donné au Jardin bien plus que cela.

Nice Jazz Festival : demain, soirée jazz et folk de Lisa Ekdahl à James Taylor et ma chronique à suivre.

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En amateur de musique, Eric Maïolino est auteur-compositeur-interprète, joue de la guitare, pratique le théâtre et assiste à des concerts! (toutes ses chroniques ici)

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