Les compilations « TÉLÉSCOPAGES » : Téléchargement à prix libre

Logo du collectif PanGrâce à ma récente inscription sur Twitter, et à l’ajout d’un contact que je ne connais pas mais que j’ai ajouté un peu au hasard pour découvrir l’outil, j’ai également découvert le projet « TÉLÉSCOPAGES » (merci JS, si tu lis ceci !) et j’ai tout de suite envoyé un courriel avec pleins de questions pour en savoir un plus sur le projet. Christophe m’a répondu mais avant voici ce que l’on apprend sur le site : « PAN ! propose au téléchargement une compilation de ses découvertes et coups de coeurs musicaux. Ces compilations sont disponibles tous les ans en téléchargement par paiement libre.

PAN ! est un collectif de musiciens et de professionnels de la musique, des médias, de l’Internet et de l’image au service d’un projet commun : Soutenir les groupes émergents par une mise en commun des talents et des moyens des membres de PAN ! apporter une meilleure visibilité à leur musique, grâce aux nouvelles formes de distribution et de communication.

PAN ! c’est aussi un studio d’enregistrement dont l’objectif est de permettre à de jeunes groupes la réalisation de leurs disques dans des conditions de temps et de moyens optimales.

PAN ! met en relation les groupes avec des graphistes pour la réalisation de leurs visuels et de leur communication.

PAN ! partage sa base de données de contacts professionnels. Ainsi la mise en réseaux des contacts de chacun permettra l’organisation de toujours plus de concerts, ainsi qu’une visibilité croissante pour les professionnels du secteur. »

J’ai donc voulu en apprendre un peu plus :

– D’où vous est venu cette idée de compil ? Qu’est ce qui vous a poussé et vous motive à faire cela ?
Lorsque Radiohead a sorti In Rainbows en octobre dernier, j’ai trouvé l’idée très bonne et le pied de nez à l’industrie du disque vraiment drôle. J’ai suivi de près la polémique qui a suivi, beaucoup disaient que c’était irréaliste voire dangereux, que seuls des groupes avec la notoriété de Radiohead pouvaient se permettre une distribution de la sorte. Dans un cadre professionnel c’est certainement vrai, mais personne ne parlait des groupes amateurs ou essayant de se professionnaliser.
Pour eux, il me semblait que c’était une vraie réponse aux difficultés rencontrées pour faire écouter leur musique, sans pour autant qu’ils s’interdisent de récupérer un peu d’argent. Beaucoup de choses existent, comme myspace, CQFD etc, mais il s’agit là de sites communautaires qui ne proposent pas une vraie sélection d’artistes. Nous avons donc décidé de proposer au téléchargement 12 titres de 12 artistes que nous aimons et qui, à notre sens, n’ont pas l’exposition qu’ils méritent.
Ca fait un moment que tous les membres de PAN ! gravitent dans le milieu de la musique et particulièrement de la musique « amateur ». Nous avons côtoyé beaucoup de groupes vraiment géniaux en live, en studio, à droite, à gauche … et pourtant très peu ont réussi à convaincre un label de travailler avec eux ! pourquoi ? Certainement parce qu’ils n’avaient pas la notoriété naissante nécessaire ! Ce projet est venu de là. Nous espérons que cette nouvelle forme de distribution rapprochera les deux mondes, amateurs et professionnels, tout en plaçant le public directement au coeur de ce projet.

– Quand le projet a t’il été mis en ligne et quel notoriété avez vous gagné pour le moment ? Des retours intéressants ?
La compilation est disponible depuis le 16 mai dernier, et elle le sera pendant un an. Nous ne cherchons pas particulièrement notre notoriété mais plutôt celle des groupes ce serait donc plus à eux qu’il faudrait poser la question, mais nous essayons de faire parler de cette compilation et de nos groupes dans les médias. Pour le moment peu ont réagi. Les inrocks ont fait une news sur leur site internet au courant du mois d’août et la route du rock nous a invité à tenir un stand pour présenter notre activité lors de la dernière édition. L’équipe du Mouv’ a été la première à réagir en nous invitant à venir parler de télescopages lors d’une mouv session.

– Êtes vous nombreux à la mise en place de ce projet et à prendre des décisions ?
Nous sommes trois à avoir lancé ce projet et à prendre les décisions. Beaucoup de gens nous ont aidé pour la mise en ligne, le lancement ou la réalisation du site internet.

– Un courriel est dédié aux personnes qui souhaiteraient se joindre à votre équipe de bénévoles. Quel type d’aide avez-vous besoin ?
Toute aide sera la bienvenue, ce n’est pas le travail qui manque ! De façon plus précise nous voulons développer notre blog et nous recherchons des rédacteurs qui seraient intéressés pour rédiger de petits articles sur des groupes émergents, des bouquins, des court métrages etc… Nous voulons que ce blog devienne un petit magazine dédié à la découverte, plus nous serons nombreux à proposer de nouveaux groupes, de nouveaux réalisateurs ou que sais je encore, et plus ce blog prendra de l’intérêt.

Nous allons également essayer de mettre en place cette année la partie live de notre projet avec l’organisation d’une ou deux soirées regroupant certains de nos groupes. Nous aurons donc besoin de gens pour flyer et afficher.

– Les premiers groupes de votre première compil ont été choisi par vous même ? C’est à dire que vous les avez tous contacté ? Certains ont ils refusé votre offre ?
Oui. Nous avons parlé de notre projet autour de nous, en proposant aux gens de nous donner les liens des artistes qu’ils aimaient. Nous avons ensuite sélectionné une trentaine de groupes sur les quelques 150 que nous avons reçus, puis chacun a pu choisir ses 12 favoris. Nous avons contacté les 12 plus cités. Certains ont refusé ou n’ont simplement pas répondu. Pourquoi ? je ne sais pas trop, je n’ai pas demandé. C’est notre première, les groupes qui ont accepté nous ont fait confiance sans trop savoir ce que nous allions faire et quels moyens nous allions mettre en place.

– Allez-vous manager certains artistes en plus de la compil ?
Non ce n’est pas le but du tout. Nous ne sommes pas liés à ces groupes autrement que par cette compilation, nous ne demandons pas d’exclusivité. Nous ne sommes pas un label, nous ne voulons pas l’être, nous n’avons ni les moyens financiers, ni l’expérience nécessaire.

L’objectif de cette compilation est de créer un lien entre le monde amateur et professionnel. Notre objectif est d’aider aussi bien les groupes que les professionnels du disque. Si la présence d’un groupe sur notre compilation lui permet de motiver un label souhaitant les aider à développer leur carrière alors nous aurons réussi notre pari. De la même façon nous espérons que nos compilations, par une visibilité grandissante, permettront aux pros de signer plus facilement ces artistes.

– Ces artistes ont ils une expérience de scène ?
Oui tous, mais certains plus que d’autres. Roken is dodelijk par exemple se sont produits sur la scène du printemps de bourges cette année et ont enchaîné pas mal de dates et premières parties. D’autres ne font que du caf’conc’ pour l’instant.

– Allez-vous souvent en concert ?
Oui, tous les jours si c’était possible.

– Je suis la créatrice du site AutoProduction.net qui va fermer ses portes dans les prochains jours dans sa version actuelle. Connaissez-vous ?
Oui je l’ai déjà visité.

Seulement quelques artistes s’inscrivaient au départ sur ce site puis le bouche à oreille à fait que ce sont des milliers d’artistes qui s’inscrivaient finalement sur le site demandant de plus en plus de travail… N’avez-vous pas peur de recevoir trop de demandes d’artistes pour participer à vos prochaines compiles ?
Peur non, ce serait plutôt une bonne nouvelle ! Cela dit nous souhaitons continuer à notre rythme et ne pas griller les étapes. Notre objectif est de sortir deux compiles par an, ça représente déjà beaucoup de travail, 24 groupes à sélectionner, plus la réalisation du site et la tenue du blog au quotidien, le démarchage de la presse, la recherche de financement!

Pour le moment nous avons une démarche très active pour aller fouiller le net, écouter des groupes en live, etc. Si des groupes nous contactent directement cela nous permettra d’élargir encore  un peu plus nos écoutes et nos découvertes. Si ces groupes ne finissent pas sur une compilation nous en parlerons peut-être au moins sur le blog.

– Connaissez-vous djjefouille qui a lancé, il y a plusieurs années, « The Meilleur of le Web » plusieurs compils de nouveaux talents d’abord sur CD puis en fichiers numériques ? Il a ensuite monté l’association AIMSA « No Sacem Inside » dans le but de contrer la sacem. Qu’en pensez-vous ?
Non je ne connaissais pas. Je connaissais par contre la licence creative commons qui est, j’ai l’impression, sensiblement la même chose.

– Que pensez-vous de la musique libre ?
Moi pas grand chose, dans le cadre de telescopages je suis diffuseur pas musicien. C’est aux artistes de décider s’ils veulent s’inscrire à la sacem ou proposer leur musique en licence libre, certainement pas aux diffuseurs.
A mon sens c’est un calcul à faire de leur part, en début de carrière ça peut parfois leur couper des opportunités, beaucoup de petites structures n’ayant pas les moyens de payer leurs droits d’auteurs sur des concert, comme pour la réalisation d’un disque.
Globaliser la licence libre serait aussi une erreur, peut être le meilleur moyen de tuer définitivement la musique.

– Devoir payer des droits d’auteurs à la Sacem sur des compils téléchargées gratuitement, trouvez-vous cela normal ?
Oui bien sûr. Un artiste doit être rémunéré lorsque sa musique est utilisée. Je suis même en train de me battre pour que la SACEM m’envoie leur contrat !
Le problème de la sacem c’est qu’elle ne fait pas de distinction entre les artistes professionnels et les artistes émergents ou amateurs. Nous sommes dans une démarche bénévole, et non intéressée financièrement, il serait peut être intéréssant que la sacem fasse un geste (la mise en place d’une échelle en fonction des chiffres de ventes ou du chiffre d’affaire par exemple) plutôt que notre site ferme si nous n’avons pas les moyens de continuer (c’est valable pour n’importe quelle initiative du même genre d’ailleurs).

– Le droit d’auteurs est un sujet délicat : le site Pandora aux états unis (non accessible en Europe pour des raisons de droits d’auteur) est sur le point de fermer car les frais relatifs au droit d’auteurs sont trop important et ne leur permettent pas de continuer ainsi.
Il y a 7/8 ans, j’avais monté avec des amis des podcasts (bien que le mot podcast n’était pas encore à la mode à l’époque) en diffusant des artistes autoproduits en besoin de promo. Ces artistes nous autorisaient à diffuser leur musique gratuitement mais la sacem nous réclamait tout de même des droits d’auteurs impossibles à payer (environ 1,39 euros par clic d’écoute en entier ou non si je me souviens bien). La diffusion était bien évidemment gratuite pour l’internaute. Notre objectif n’était en aucun cas de faire de l’argent grace à ces artistes, la publicité sur notre site ne payait même pas les frais de serveur. Notre projet est donc vite tombé à l’eau (on peut voir aujourd’hui des podcasts partout sur la toile et personne n’a de problème).
Qu’en pensez-vous ?
Vous mettez le doigt sur une contrainte importante imposée par le dépôt d’une oeuvre à la sacem. Si un auteur a déposé une oeuvre il ne pourra en aucun cas refuser de percevoir ses droits d’auteurs. Ca peut paraître un peu curieux comme ça, mais pour autant la sacem a pour mission de protéger les auteurs et si cette close n’existait pas beaucoup de maison de disque imposerait aux auteurs l’abandon de leurs droits…
Concernant les tarifs du streaming de musique sur le net, la sacem a beaucoup évolué. Aujourd’hui le SESAM à été créé pour s’occuper uniquement de cela. Les tarifs sont maintenant calculé par rapport au PAVM (pages vues par mois) et, sans rentré dans les détails, les tarifs sont nettement plus abordables. A nouveau, la SACEM est un organisme chargé de la protection, de la collecte et du reversement des droits des auteurs et des compositeurs. Dans cet objectif ils font très bien leur travail.

Nous n’essayons pas au travers de notre association de dénoncer ce système, mais seulement de proposer un nouveau moyen de distribution et de découverte musicale pour le public. Plus cohérent avec la technologie actuelle et les habitudes et les besoins des consommateurs. Tout en respectant bien sur les artistes que nous sélectionnons et donc leurs droits.

– Pouvez vous m’expliquer lorsqu’un internaute paie 5 euros par exemple pour votre compil, comment sont répartis ces 5 euros (combien pour la sacem, pour les artistes, pour vous) ?
Si un internaute paie 5 euros notre compilation 70 cts seront prélevé par la sacem en droit d’auteur. Il restera donc 4,30 euros qui seront partagé en 13 part égales (soit environ 33 cts d’euros), une part pour chaques groupes selectionné sur la compilation et une part pour notre association.
Cet exemple n’est valable que si tous les téléchargement étaient payant (ils ne représentent aujourd’hui que 5% de tous les téléchargements).

Nous reversons à chaque groupe  1/13 des bénéfices effectués sur l’année d’exploitation (s’il y en a … ce qui me semble peu probable). Chaque personne qui téléchargera gratuitement notre compilation nous obligera malgré tout à payer 70 cts d’euros de droit d’auteur. Il est donc fort peu probable que nous fassions suffisamment de bénéfices pour pouvoir reverser quoi que ce soit aux groupes… malheureusement.
Il est donc primordial qu’ils puissent au moins toucher leurs droits d’auteurs.

– Si je veux vous acheter la compil sous la forme de CD, je comprends bien qu’il serait gravé, êtes vous prêt à exercer ce type d’exception ?
La compilation n’existe pas en format CD, elle n’est disponible que sous forme de téléchargement sur notre site internet. Les frais de pressage étant trop important pour une structure comme la notre. Les frais de gravage l’étant tout autant. Nous avons seulement réalisé un tirage (en CDr) de 100 exemplaires, de façon tout a fait exceptionnelle, lorsque nous avons appris que nous étions invité à tenir un stand à la route du rock. Il s’agissait en priorité de pouvoir distribué notre compilation aux professionnels présents, journalistes, tourneurs, programmateur, musiciens, etc. Nous avons tout de même proposé aux festivaliers d’acheter ce disque, mais je ne pense pas qu’il sera disponible sur notre site internet.

– Pensez-vous que ce projet puisse être rentable pour vous ?
Absolument pas ! C’est totalement impossible. Notre objectif à court terme est de montrer que c’est malgré tout un projet qui a du sens ; pour le public, pour les professionnels et bien sur pour les artistes. Mais nous ne survivrons pas seuls. Nous espérons vraiment que notre initiative séduira  des financeurs privés et, pourquoi pas, les administrations culturelles départementales, régionales puis nationales.

Mais nous sommes dans un pays qui a comme priorité (en terme de politique culturelle bien sûr) la défense du patrimoine et pas du tout l’aide aux courants culturels et artistique émergents. C’est dommage ! Nous avons tant de jeunes talents, d’artistes imaginatifs et créatifs, il suffit de voir notre scène électro qui est peut être la seule à tirer son épingle du jeu et à avoir une notoriété mondiale. Nos artistes sont maintenant obligé de partir signé des contrats en Angleterre ou aux États unis pour pouvoir ne serait-ce que distribuer leur musique !

– Pour ma part, j’ai déjà mon propre blogue mais j’aimerai plutôt faire partie du comité d’écoute, est-ce possible ? Qu’est ce que cela implique pour vous, qu’est ce que cela implique pour moi ?
Bien sûr, comme je le disais tout a l’heure on est toujours heureux lorsque les gens partagent avec nous les musiques qu’ils découvrent et qu’ils aiment. Mais je ne pense pas que nous remettrons en place le même système de sélection que pour la première compilation. C’était intéressant mais très contraignant pour nous. Nous sommes entrain de nous ré-organiser, la sélection des artistes sur la compilation ce fera au sein du bureau de notre association (soit à trois) nous lancerons certainement un appel à ceux qui se seront déclarés et qui souhaiteraient nous proposer des liens. Certains seront peut-être sélectionnés sur la compilation d’autres pour le blog. Et si les personnes souhaitent rédiger eux même l’article concernant le groupe qu’ils ont découvert ce sera avec grand plaisir !

Quelque chose à ajouter avant de se quitter ?
Oui, soyez curieux ! Il y a tellement de groupes qui valent le coup d’être découverts !

Sincever
À la fois discrète, passionnée et rassembleuse, c'est la fondatrice de ce blogue et de musiQCnumeriQC. Plus d'info sur elle via son site perso ou son Twitter.
http://www.sincever.com

Laisser un commentaire