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Anghami : la plateforme musicale arabe face à l’ère OSN

Anghami occupe une place singulière dans l’écosystème musical mondial : celle d’une plateforme née pour combler un vide, façonnée par un contexte géopolitique précis, et devenue au fil des années un acteur culturel majeur au Moyen‑Orient et en Afrique du Nord. Son histoire, son modèle et ses ambitions racontent quelque chose de plus large : la manière dont une région entière cherche à reprendre la main sur sa production musicale, sa distribution et sa narration.

Origine et identité : une plateforme née au Liban, pensée pour une région entière

Anghami est fondée en 2012 par Eddy Maroun et Elie Habib, deux entrepreneurs libanais confrontés à une réalité simple : l’absence totale, à l’époque, d’une plateforme légale permettant d’écouter de la musique arabe en streaming. Le projet naît à Beyrouth, dans un contexte où l’accès à la musique passe encore par le piratage, les téléchargements informels et des catalogues fragmentés.

La plateforme est mise en ligne officiellement en novembre 2012, devenant la première application de streaming musical disponible dans le monde arabe. La société est d’abord enregistrée au Liban, puis s’étend en tant qu’entreprise technologique opérant dans plusieurs pays de la région MENA. Son lancement public marque un tournant : pour la première fois, une plateforme locale propose un accès légal, structuré et éditorialisé à la musique arabe.

Réponse à l’absence de représentation numérique de la musique arabe

Anghami est créée pour résoudre un problème structurel : la musique arabe n’existe quasiment pas sur les plateformes internationales, ou alors de manière dispersée, mal catégorisée, difficile à trouver. Les fondateurs veulent offrir un espace où les artistes locaux sont visibles, où les catalogues sont complets, et où les fans peuvent accéder à une bibliothèque qui reflète leur culture.

La plateforme s’adresse d’abord au marché MENA, puis s’ouvre progressivement à la diaspora arabe en Europe et en Amérique du Nord. Contrairement à une idée répandue, Anghami peut être installée dans n’importe quel pays : l’application est disponible mondialement sur les stores iOS et Android. Ce sont les catalogues qui varient selon les droits territoriaux, mais l’accès à la plateforme, lui, est global.

Ce qui distingue Anghami des plateformes traditionnelles n’est pas seulement son catalogue : c’est sa dimension culturelle, son travail éditorial, ses partenariats locaux, et sa volonté de créer un espace où la musique arabe n’est pas un “genre”, mais un univers complet. Là où les géants du streaming proposent un modèle global standardisé, Anghami revendique une approche enracinée dans les scènes locales, dans les langues, dans les traditions musicales.

Une plateforme pensée pour l’écoute, la découverte et la mise en avant des artistes locaux

Pour l’utilisateur, Anghami fonctionne comme un service de streaming classique : écoute en continu, playlists, recommandations, radios, téléchargements hors‑ligne. Mais la plateforme mise sur une découverte éditorialisée, avec des sélections locales, des playlists régionales, et une mise en avant des artistes arabes qui n’existe nulle part ailleurs.

Sur le plan technologique, Anghami utilise des outils d’analyse, des systèmes de recommandation, et des infrastructures cloud adaptées à un marché fragmenté. Elle a également développé des fonctionnalités sociales, permettant aux utilisateurs de partager des extraits, de suivre des artistes, ou de découvrir des tendances locales.

Anghami rémunère les artistes selon un modèle proche du streaming dominant, basé sur les écoutes. Mais la plateforme insiste sur une transparence accrue, un dialogue direct avec les labels locaux, et une meilleure prise en compte des artistes indépendants.

La différence majeure réside dans son écosystème régional : Anghami travaille avec des labels qui n’ont pas toujours accès aux infrastructures internationales, et propose un accompagnement plus direct. Les avantages pour les créateurs sont évidents : visibilité, accès à un marché immense, mise en avant éditoriale. Les limites restent celles du streaming : dépendance au volume d’écoutes, revenus parfois faibles pour les artistes émergents.

Une plateforme devenue incontournable dans le monde arabe

Anghami revendique des dizaines de millions d’utilisateurs et un catalogue de millions de titres, incluant la quasi‑totalité des artistes arabes majeurs. Les grandes stars de la région y sont présentes, tout comme une scène indépendante en pleine expansion.

Les témoignages d’artistes existent, mais restent souvent intégrés dans les communications officielles de la plateforme. Anghami met en avant des collaborations, des exclusivités, des lancements d’albums, et des partenariats avec des festivals ou des radios locales.

Pour rejoindre la plateforme, les artistes passent par un formulaire dédié, ou via leurs labels. Anghami accepte les créateurs indépendants, mais la sélection dépend de critères de qualité, de légalité des droits, et de cohérence avec son catalogue.

La musique arabe est un patrimoine culturel, pas un matériau à générer artificiellement.

ANGHAMI

Le discours d’Anghami sur l’intelligence artificielle est nettement plus prudent que celui des plateformes occidentales. Là où Spotify, YouTube Music ou Deezer expérimentent déjà des outils de génération vocale, de création musicale automatisée ou de playlists entièrement produites par IA, Anghami adopte une posture défensive et protectrice. La plateforme a annoncé publiequement qu’elle n’accepte pas les morceaux créés par IA lorsqu’ils imitent des voix humaines ou des artistes existants. Elle est anti‑IA générative, pro‑IA analytique puisqu’elle utilise l’IA pour mieux recommander, mais pas pour remplacer les artistes.

Acquisition et intégration dans l’écosystème : une nouvelle ère avec OSN

En 2024, Anghami marque un tournant majeur quand le groupe OSN (Orbit Showtime Network), géant du divertissement basé à Dubaï, a acquis la majorité des parts d’Anghami, avant de racheter les actions restantes en 2025. Depuis, Anghami s’inscrit dans une stratégie financière que OSN déploie pleinement en 2026, où la plateforme devient un élément d’un écosystème multimédia unifié mêlant musique, séries et films. Derrière la promesse d’investissements et de modernisation, OSN cherche surtout à stabiliser ses revenus, rationaliser les coûts hérités de l’ère Nasdaq et concentrer ses efforts sur les marchés du Golfe, les plus rentables. Dans cette logique, Anghami risque de glisser d’un rôle culturel autonome vers celui d’un produit d’abonnement intégré, pensé pour renforcer la rétention des clients OSN.

Cette intégration ouvre une phase plus efficace mais aussi plus standardisée. En 2026, la priorité d’OSN est l’optimisation : mutualiser les infrastructures, renforcer les bundles télécoms et réduire tout ce qui ne contribue pas directement à la rentabilité. Cette approche pourrait diluer ce qui faisait la singularité d’Anghami, née pour défendre la musique arabe et offrir un espace aux artistes locaux. La question n’est plus seulement de savoir si Anghami peut redevenir rentable, mais si elle peut le faire sans sacrifier son identité culturelle au profit d’une logique commerciale plus large.

Une plateforme essentielle, mais confrontée à des défis structurels

Anghami porte une vision forte, mais elle n’est pas exempte de risques. La dépendance au modèle du streaming pose les mêmes questions que partout ailleurs : financiarisation de l’écoute, pression sur les artistes pour produire davantage, difficulté à garantir des revenus stables.

L’acquisition par OSN ouvre de nouvelles perspectives, mais aussi de nouvelles incertitudes. L’intégration dans un groupe multimédia peut offrir des moyens considérables, mais elle peut aussi diluer l’identité d’une plateforme née pour défendre une culture musicale spécifique.

Les zones d’incertitude demeurent nombreuses : la liquidité réelle du marché arabe, la capacité d’Anghami à rester accessible aux artistes indépendants, le maintien d’un contrôle équilibré du catalogue et la question de sa compétitivité face aux géants internationaux. Au fond, tout converge vers une interrogation centrale : Anghami pourra‑t‑elle préserver son indépendance éditoriale et sa mission culturelle dans un cadre désormais piloté par un groupe dont la logique est avant tout commerciale ? Les artistes y gagneront‑ils en visibilité ou verront‑ils se refermer un espace qui, jusqu’ici, leur appartenait davantage.

Verdict ZiknBlog : une plateforme culturelle locale qui a sa place

Anghami est bien plus qu’un service de streaming. Ce qui la distingue réellement, c’est son ancrage culturel, son rôle de plateforme régionale, et sa capacité à représenter une scène musicale entière. C’est un espace où la musique arabe existe pleinement, où les artistes locaux trouvent une visibilité que les plateformes globales ne leur offrent pas.

L’acquisition par OSN pourrait transformer la manière dont la région produit, distribue et valorise sa musique. Elle pourrait aussi perturber l’équilibre entre les géants du streaming et les plateformes régionales, en montrant qu’un modèle local peut rivaliser avec les standards internationaux.

La question qui demeure est simple : Anghami saura‑t‑elle préserver son identité culturelle tout en devenant un acteur multimédia global ?

C’est ce que nous surveillerons…

Sincever
Fondatrice de Zik'n'Blog.com et de musiQCnumeriQC.ca à la fois discrète, passionnée et rassembleuse, cette baladeuse numérique adore découvrir de nouvelles musiques et applications musicales. Par contre elle manque cruellement de temps et attend que la musique et les applis lui soient présentées, alors n'hésite pas à lui envoyer un petit message! Plus d'info sur elle via son twitter.com/sincever et son blogue perso : Sincever.com
http://www.sincever.com

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