Sylvie Maréchal / Jack Tocah

Fin des années 80, Sylvie Maréchal a 22 ans lorsqu’elle sort son premier album : « J’ai l’rock t’as l’blues« .  C’est alors une véritable révélation sur la scène française. Une chanteuse à la voix unique qui sonne parfaitement pour le rock et le blues. A l’époque ce genre de voix est vraiment rare et pour la remarque, encore aujourd’hui. Elle passe aux Francofolies de La Rochelle, elle est chouchoutée par Francis Cabrel, Jean-Louis Foulquier, elle passe dans des émissions de télévision. Francis Cabrel chante même sur cet album sur le titre « jour de pluie ». Un deuxième opus sort quelques années plus tard, « Voix Lactée », album produit par Dave Stewart, du groupe Eurythmics. Tout semble tracé pour Sylvie Maréchal qui participera aussi aux Francofolies de Montréal.

Avec le temps j’ai toujours eu l’impression que Sylvie avait disparu du jour au lendemain. Moi qui l’écoutait en 1989 et après, je n’avais jamais compris cette absence, cette disparition après deux albums. Voilà quelques jours, je suis tombé sur son MySpace. Comment ? Je ne m’en rappelle plus. En tout cas, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver et à réentendre sa voix si profonde et authentique.  C’est donc avec un certain intérêt que j’ai souhaité en savoir plus, sur son passé artistique et surtout savoir ce qu’elle devenait, alors que j’apprenais qu’un troisième album était près après « Voix lactée », mais jamais sorti. Quel Gâchis !

Grâce à notre entretien, j’ai compris à quel point Sylvie est une artiste authentique et libre. Si elle a disparu du jour au lendemain, c’est tout simplement parce qu’elle est avait fait le choix de chanter en anglais, alors sa maison de disque l’a laissé tomber et les médias aussi. Rien que pour ça ! Comment peut-on reprocher à une artiste, de faire ce qu’elle a envie et non ce que les autres ont envie ? Cultiver sa différence est ce qu’il y a de mieux à faire quand on est artiste.

Aujourd’hui, elle est artiste peintre et elle travaille sur un nouvel album avec son mari Jack Tocah, avec qui elle a formé un duo. Leur musique entre rock et blues expérimental est chargée d’émotion intense, marquée par la voix toujours si profonde de Sylvie et par une réelle passion pour la création artistique.

Pour suivre son actualité, rendez-vous sur : sa page MySpace

C’est donc avec beaucoup de plaisir, que je vous fais part de cette interview.

INTERVIEW :

Fin des années 80, début des années 90, ta carrière de chanteuse est au sommet. Comment expliques-tu cette réussite et quels souvenirs gardes-tu de ces belles années ? C’est à force de travail et de volonté que l’on arrive à un résultat positif et j’en garde de très bons souvenirs et de belles rencontres, comme Léo Ferré qui fût courte mais intense ou avec Gabriel Yared qui m’a beaucoup appris humainement et musicalement.

Penses-tu qu’aujourd’hui cette réussite aurait été semblable ? Oui surement.

Francis Cabrel était présent sur ton premier album (il chantait sur jour de pluie), as-tu gardé des contacts avec lui ou d’autres personnes de la profession ? Je n’ai gardé aucun contact avec le show bizz parisien.

Tu as toujours été très discrète même à tes plus grandes heures. Il est vrai qu’à l’époque le « people » était moins présent dans les mass-médiatiques. Avec le temps, on a l’impression que tu as disparu du jour au lendemain. Comment as-tu vécues ce retrait marqué par une mésentente avec ta maison de disque, alors que tu étais en pleine gloire (première partie de Deep Purple) ? La mésentente était de taille et je l’ai très mal vécu. On m’a saqué et je ne l’ai pas supporté. Quand on a commencé à me mentir, je prend les nerfs et je m’arrache.

Et que penses-tu de ce manque d’intérêt des médias, alors que tu étais peut être la plus prometteuses des chanteuses françaises sur un plan international ? C’est justement là que le bas blesse. Pour moi, il fallait enchaîner le deuxième album à l’international directement. Ecrit et composé à Londres avec une chanson originale de Léonard Cohen et Dave Stewart, j’estime qu’il y avait matière à travailler sérieusement sur cet album, non pas « Voix Lactée » mais « Faith Healing » la seule et unique version qui aurait du exister et aucune version française commandée à Buzy par la major. Buzy a fait un travail de merde car elle n’a pas respecté le labial des sons de la voix, ce qui fait qu’à l’arrivée ça ne sonnait plus du tout. J’ai volontairement boycotté la version française, même aux Francofolies de Montréal, ce qui m’a valu une engueulade avec Foulquier définitive.

Voilà pourquoi « Faith Healing » n’est jamais sorti et je pense qu’il ne sortira plus maintenant. Quel gâchis ! Quelle honte pour moi vis-à-vis de tout le staff anglais qui m’a supporté, adopté. Je faisais partie de la famille, pour moi c’est comme si je les avais trahis.

Avec le temps, penses-tu que tu étais vraiment une artiste ingérable ? C’est le métier comme on dit, qui m’a rendu ingérable.

Penses-tu qu’il est plus difficile de vivre de la musique aujourd’hui ? Que par la multitude de groupes et des diffusions, via internet, la musique est devenu finalement plus précaire ? Non je ne pense pas. Il y a plus de moyens d’exister par soi même et c’est une bonne chose même si la vie est plus précaire aujourd’hui, il y a la liberté de créer.

Que penses-tu de l’évolution de la musique, au niveau de ce que l’on trouve en matière de création, mais aussi en matière de diffusion ? Je pense que la musique est avant tout un Art et qu’il faut le respecter. Tant qu’il reste libre et sauvage ça va, mais dès qu’on veut en faire un produit, là il y a danger.

On trouve très peu d’informations à ton sujet sur internet, aucun site, juste ton Myspace, qui présente ce que tu fais aujourd’hui et qui ne présente d’ailleurs aucune marque de nostalgie du passé. Pourtant tu as marqué la scène française. Comment expliques-tu cette absence, et comment le vies-tu ? Je suis tombée amoureuse du bassiste Jack Tocah au moment de la tournée Deep Purple et il est devenu mon mari, mon compositeur et mon sauveur. Je n’ai pas vu passer les années car avec Jack, on s’est mis en duo et nous avons autoproduit notre premier album OTCHA, dont personne n’a voulu, ni distribution, ni diffusion.

Quand la major m’a viré en janvier 1994, je suis devenue alcoolique au dernier degré avec une dépression aggravée en plus. Il a fallu que je me décroche d’abord de l’alcool pour pouvoir soigner la dépression. 13 années à survivre. Aujourd’hui j’en suis sortie sinon je ne t’aurai pas répondu, car sans Jack, je ne serais plus de ce monde.

On peut lire des commentaires sympa à ton encontre sur Youtube. Des internautes disent qu’ils se rappellent de ta voix, que tu leur manques. Ce qui veut dire que certain, comme moi, ne t’ont jamais oublié malgré cette longue absence médiatique. Il est vrai que tu avais, et tu as toujours cette voix si particulière qui sonne tellement blues, rock, et que ton style est très rare aujourd’hui et déjà à l’époque. En es-tu consciente ? Oui, j’en suis consciente.

Pourrait-on te voir dans une émission type nostalgie, avec des artistes comme Desireless, Jean-Pierre Mader, ou au sein d’une tournée Nostalgie, telle qu’il en existe actuellement ? Jamais de la vie !!

Sur l’extrait que tu m’as fais écouter, il s’agit d’un morceau de blues expérimental moderne, où l’intro est très sombre. Sur ton MySpace, on trouve aussi de très beaux morceaux, à l’exemple de « dans le silence ». As tu un album en prévision ? Blues expérimental moderne, c’est bien de cela qu’il s’agit. Le duo Sylvie Maréchal/Jack Tocah est sans concession, imprévisible. On ne fait pas un style de musique particulier mais tout simplement de la création, de l’Art dans le sens où l’Art est libre comme notre musique, un côté inclassable. Nous allons nous mettre au travail pour en faire un deuxième autoproduit lui aussi.

Quelles sont tes ambitions aujourd’hui ? Vivre de la musique et rester libre, et si un label veut bien de nous comme on est, alors c’est ok.

Je tiens particulièrement à remercier Sylvie pour sa disponibilité et ses réponses, ainsi que Jack Tocah pour tout ce qu’il a fait. Il comprendra, j’en suis sur.

Guigui

Directeur d’antenne adjoint sur NOIZY RADIO et animateur de l’émission CONTRE CULTURE.

http://contre-culture.over-blog.com/

4 thoughts on “Sylvie Maréchal / Jack Tocah

  1. Peut-on savoir quel était le label (quelle était la maison de disques) responsable de tout ça (ce n’est pas marqué sur Amazon) ? Ariola, c’est possible ?

  2. le gros problème de l’album dit « international » c’est que c’est toujours tout en anglais !

    j’ai toujours trouvé ça complètement stupide, car on refuse à la langue française son statut internationale reconnu depuis trois siècles, alors que l’anglais s’est imposé à coups de milliards de dollars et de subterfuges et ne l’est que depuis le début des années 70 en Europe.

    encore aux Etats-Unis, quand on demande la langue parlée en Europe, il est répondu : le français.

    un album international, c’est du français, de l’anglais, de l’espagnol, voire de l’allemand. En ce sens, Stephan Eicher est le seul artiste à avoir des albums internationaux.

    le respect linguistique est inhérent à la culture.
    la langue française a tout de même les plus beaux textes de la chanson mondiale.

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